
Tendre vers une agriculture économiquement et écologiquement performante. Depuis son installation, en 1983, Yannick Le Bars n’a eu de cesse de faire évoluer son exploitation. Dans les années 90, l’atelier de taurillons et la production de légumes ont cédé la place au troupeau de vaches laitières, développé suite à la reprise d’une exploitation de 40 ha.
Aujourd’hui, l’exploitation s’est stabilisée autour d’un quota de 270 000 litres, complété de bœufs et de cultures de ventes. « Mon fils envisage de s’installer. Mais, ce sera avec du foncier car je ne veux pas rompre l’équilibre de l’exploitation ». Un équilibre, d’abord économique, pour cette exploitation qui affiche un résultat net au 31 mars 2011 de 49 000 € pour 1,5 UTH (EBE : 79 500 €).
Autonomie protéinique
Premier pilier de la performance économique de l’atelier laitier : les 28 ha de prairies qui assurent une bonne partie de la ration énergétique et protéinique du troupeau. « Les vaches sont conduites en full-grass. Même si le rendement est plus faible, ce système allège la charge de travail », commente au passage l’éleveur.
La recherche de l’autonomie en protéines a monté d’un cran en 2000 avec l’implantation de 5 ha de pois et 2 ha de féverole. « Le pois : un échec à cause des pigeons », se souvient Yannick Le Bars qui en profite pour avouer que l’évolution du système s’est parfois heurtée à quelques écueils.
En 2005, cet agriculteur persévère dans la recherche de l’autonomie en protéines. « J’ai fait mes premiers essais de trituration de colza ». Et de préciser que le tourteau à 12 % de matière grasse permet d’aller « jusqu’à 4-4,5 kg par vache et par jour ». Les 14 tonnes d’huile produites annuellement par les 10 ha de colza sont vendues en totalité. « Quant au tourteau, j’estime qu’il est valorisé à 250 €/t par l’atelier lait ».
L’œil vigilant de l’apiculteur
Cet agriculteur costarmoricain a arrêté le labour en 1998. « L’objectif était d’écrêter les pointes de travail. Sans compter que j’ai des terres en pente et caillouteuses. Mettre la charrue dans ces terres, ce n’est pas ce qu’il y a de plus facile ». À noter que les travaux du sol sont entièrement réalisés par la Cuma sans chauffeur.
Apiculteur par passion, Yannick Le Bars veille à limiter les phytos. « Mes 15 ruches me conduisent à réfléchir à ce que je fais. Par exemple, je n’utilise pas d’insecticide sur colza. Les ruches contribuent à polliniser le colza et donc, participent à l’expression du rendement. Si je traite, il n’y a plus d’abeilles », fait-il observer. En fait, la réduction des intrants se conjugue à toutes les cultures. « Il y a 10 ans, j’avais déjà effectué des essais de binage sur maïs. Cette année, j’ai ressorti la bineuse début juin après un désherbage chimique ».
La technique du binage a également été testée sur colza. « Pour ce faire, le semis a été réalisé en écartement de 75 cm à une densité de 10 graines par mètre linéaire ». Précision : un traitement anti-dicotylédones a été réalisé à la mi-février. En revanche, aucun anti-graminées. « Il n’y a pas eu de fongicide pour la bonne raison que j’étais trop tard pour intervenir ». Un autre pas vers l’objectif d’aboutir à « zéro phyto » sur colza d’ici quelques années. Didier Le Du
Économies d’énergie
Toujours dans le cadre d’une démarche globale de recherche de performance économique – et écologique – Yannick Le Bars a planté un filtre à roseaux pour traiter 700 m3 d’eaux peu chargées issues de son élevage. « Avant j’épandais tout ce volume à la tonne. L’économie de transport se chiffre à 1 400 €/an ».
En parallèle, cette exploitation a installé un chauffe-eau thermodynamique solaire et un prérefroidisseur à lait qui génèrent 10 à 12 000 kW/an. « Trois heures de soleil, même en hiver, suffisent à chauffer 300 litres d’eau à 70-75°C », indique l’agriculteur qui table sur un amortissement de l’installation en 10 ans.
Légende photo : En prévision du binage, le colza est implanté en écartement 75 cm.