
Jean-Jacques Riou était, il y a seulement quelques semaines encore, l’emblématique président du MPB. Comme il l’avait annoncé lors de la dernière assemblée du marche à Plérin, il a passé le relais à Daniel Picart éleveur à Plouigneau.
Dix neuf années à la présidence du MPB, ce n’est pas rien et surtout pas de tout repos. À tort ou à raison, c’est là l’œil rivé sur le thermomètre, dans les moments difficiles, que se focalisent les tensions. L’outil de fixation du prix de référence est certes jugé par une large majorité comme indispensable. Mais à chaque période de turbulence, des voix s’élèvent pour le dire inadapté, inopérant, incapable de fixer le bon prix, inutile voire nuisible…
C’est donc peu dire si ces dernières années, dans un contexte plutôt dépressif, la mission du président du marché n’a pas toujours été aisée. Pratiquement assuré de ne faire que des mécontents, il lui a fallu dépasser l’énorme pression pour garantir la confrontation bi-hebdomadaire de l’offre et de la demande.
C’est dans ces moments de forte tension que ses collègues ont pu apprécier ses qualités. « Un homme de conviction, un homme de débat, passionné », souligne Michel Bloc’h, président de l’UGPVB. Mais aussi « un homme fier de son métier, ancré dans son territoire, avec une priorité permanente, défendre les éleveurs », ajoute Fortuné Le Calvé, président du CRP.
Pas de remède miracle
Jean-Jacques Riou a lui-même insisté sur cette proximité avec les éleveurs. Celui qui a réussi à transmettre à trois de ses quatre enfants, « le virus de la production porcine » ne voulait surtout pas que « cette soirée oublie ceux qui dans leurs élevages souffrent avec parfois le sentiment d’être seuls et abandonnés dans la difficulté ». Dégagé de la grande majorité de ses responsabilités professionnelles, il s’interroge et interpelle ses collègues responsables : « Avons nous tout fait pour la défense des éleveurs ? Avons nous tout fait pour leur assurer une juste rémunération ? »
Il dénonce « la démagogie du ministre de l’agriculture qui voit dans la contractualisation, la réponse à tous les maux ». Un leurre qu’il assimile « à tous les remèdes miracles préconisés lors de chaque crise, et qui ne font que masquer la réalité économique et les dures lois du marché, faisant abstraction de tous les boulets législatifs et réglementaires que la filière porcine française doit traîner ».
Sa vision face à l’avenir est mitigée. Une inquiétude évidente dans un contexte de crise qui dure, alors que la production est aussi culpabilisée et placée régulièrement aux bancs des accusés. De l’espoir aussi à condition d’adhérer à une démarche collective, de s’engager, de partager des convictions. Son mot de la fin est allé à son épouse, Annie, « qui m’a conseillé, encouragé dans les moments difficiles ». Car pour lui la prise de responsabilité professionnelle aurait été impossible sans ce soutien.
Pierre Dénès
Légende photo : De gauche à droite : Daniel Picart, président du MPB, Annie et Jean-Jacques Riou