
« Ce sont des pays avec une production laitière solide et des logiques de filières propices à la croissance. » Voilà un des constats produits par Gérard You (département économie à l’Institut de l’élevage) en brossant le portrait laitier de l’Allemagne, des Pays-Bas et du Danemark, lors de l’assemblée générale de BCEL 35 (Bretagne conseil élevage). Il n’a cependant pas manqué de mettre en parallèle les facteurs limitants, différents chez chacune de ces nations excédentaires en lait.
Concurrence du biogaz en Allemagne
En Allemagne, du fait d’une politique énergétique très incitative, près de 6 000 unités de biogaz sont sorties de terre, fournissant 2 000 MW pour 4 millions d’habitants. « C’est certes un complément de revenu intéressant, mais cette production devient concurrente au lait. De nombreux hectares de maïs sont ensilés uniquement pour alimenter les digesteurs. Les surfaces ont augmenté de 40 % en 10 ans, avec un prix du foncier en forte hausse et des prairies permanentes en recul. »
Trois modèles de production cohabitent en Allemagne. Au Sud, on trouve des ateliers de petite taille (170 000 kg en moyenne) avec des systèmes de production coûteux (herbe récoltée, équipements importants), mais qui s’en sortent bien grâce aux aides Pac (notamment second pilier) et à la valorisation en fromages et produits frais. Au Nord, 38 % de la production nationale est réalisée par 30 % des éleveurs dans des ateliers de plus grande taille (70 VL en moyenne) qui se restructurent plus rapidement. « Les nouveaux projets sont basés sur 150 à 200 VL. » Transformé surtout en produits industriels et fromages, le lait est vendu moins cher que la moyenne nationale.
À l’Est aussi les ateliers sont structurés : moins de 5 000 élevages réalisent 22 % de la collecte de l’Allemagne. Le salariat est bon marché, mais vieillissant. « C’est une des problématiques pour le futur de l’activité laitière sur cette zone. Les terres y sont fertiles et pourraient être implantées en cultures de vente. »
Côté aides, la différence avec la France est notable. « L’enveloppe est de même ampleur, mais les aides sont ciblées sur les gros élevages. Par exemple, des cofinancements à hauteur de 25 à 40 % sont attribués à des projets allant jusqu’à 2 millions d’euros. » La succession est par ailleurs propice à l’agrandissement.
L’environnement va devenir un problème aux Pays-Bas
Aux Pays-Bas, moins de 19 000 exploitations produisent la moitié du volume de la France sur un territoire grand comme la Bretagne. « À 6 t de lait/ha de SAU, la densité laitière est deux fois plus élevée qu’en Bretagne. La productivité du travail y est remarquable : 370 t/UTA, grâce à la sous-traitance poussée des travaux hors élevage. » Au coeur du système fourrager, la prairie est de moins en moins pâturée.
Pour l’avenir, un rapport de force entre enjeux économiques et environnementaux se profile. « La dérogation à la Directive nitrates va-t-elle se prolonger après 2013 ? Les plafonds d’épandage phosphore, la réduction d’émissions d’ammoniac et de gaz à effets de serre vont devoir être pris en compte. »
Endettement au Danemark
Au Danemark, la restructuration a été très forte et rapide, avec des bâtiments récents surdimensionnés. Les 4 100 élevages comptent en moyenne 140 vaches et tendent vers 200 vaches. « Mais les reprises et agrandissements ont été financés à plus de 90 % par de l’emprunt. Le modèle est financièrement fragile. »
Pas toujours très optimiste, la filière laitière de l’Ouest de la France a donc des atouts face à ces systèmes performants, mais qui ont aussi leurs limites. « Encore faut-il que les industriels aient la volonté d’aller sur des marchés comme les ingrédients laitiers (fromages...), les poudres maigres... Leur principal débouché, le marché des PGC (produits de grande consommation), est aujourd’hui saturé. »
Agnès Cussonneau
Réflexion et anticipation à Ouest Conseil Elevage
BCEL 35 a fait le choix de s’investir dans Ouest conseil élevage qui regroupe 13 organisations de conseil en élevage. « C’est un lieu de réflexion et d’anticipation stratégique, avec notamment une cellule recherche et développement qui travaille sur les capteurs en élevage, l’analyse des fourrages, les analyses fines du lait... », a présenté Jean-Paul Houis, président en Loire-Atlantique. « La formation d’experts, le marketing, la cohérence des tarifications sont d’autres enjeux. » Le comité exécutif fonctionne avec trois administrateurs et trois directeurs d’organismes.
Légende photo : La méthanisation pourrait devenir un concurrent sérieux à la production laitière en Allemagne, voire s’y substituer en cas de prix du lait inférieur à 350 €/t.