
L'année 2011 se caractérise par une demande internationale soutenue en produits laitiers, dans les pays émergents (Chine, Moyen Orient..) et accentuée par les événements récents (Corée, Japon.).
« Dans un contexte de sécheresse et de stocks de beurre-poudre très faibles en Europe, on observe une envolée des prix des produits industriels, se rapprochant, pour certains, des prix atteints en 2008 », explique Geneviève Audebet, ingénieur d'études, aux participants de la journée Partenaires de Cer France Côtes d'Armor.
La collecte européenne s'est redressée. Le commerce extérieur français s'améliore pour les fromages, mais il reste tendu pour le lait de consommation. Seul bémol, la légère baisse des achats de produits laitiers par les ménages, en début 2011, suite à la hausse des prix de détail.
Agrandissement des élevages
Le prix du lait payé au producteur remonte. « Il était de 316 €/1 000 L vendus dans les clôtures de décembre 2010 (sur 12 mois). Il se rapprochera de 333 € pour les clôtures de fin juin 2011. »
Parallèlement, la taille des exploitations progresse. L'atelier moyen suivi par Cer France 22 était de 243 000 L en 2000. Il est aujourd'hui de 333 000 L, soit un gain de 90 000 L (+37 % en 10 ans). L'agrandissement s'accélère depuis 5 ans (+ 24 %).
L'analyse des charges de structure traduit le poids des investissements réalisés en 2007-2008. « De 230 € /1 000 L en 2008, ces charges sont montées à 254 € en 2009 », souligne G. Audebet. « Elles redescendent à 243,8 € en 2010, grâce à la progression des volumes et à l'effet charges sociales. »
Point d'équilibre à 320-325 €/1 000 L
En ce début d'année 2011, la hausse des charges de concentrés est enclenchée, mais elle reste encore réduite (+ 3,6 € /1 000 L). Il est trop tôt pour mesurer l'impact de la sécheresse dans les comptabilités. Quant aux charges de structure, elles seraient encore en baisse en début 2011 pour atteindre 223 €/1 000 L, grâce à l'effet dilution lié à la nouvelle progression des volumes livrés (+ 12 %).
« On observe donc une nouvelle baisse du coût de production avec un point d'équilibre global à 296 €/1 000 L grâce aussi à l'effet hausse des prix des céréales. Par contre le point d'équilibre de l'atelier bovin (hors céréales) se situe à 320-325 €/1 000 L. »
Nette amélioration de la rentabilité
L'amélioration de la conjoncture a un effet net sur la rentabilité des exploitations. Pour un échantillon constant d'exploitations spécialisées l’EBE passe de 144 €/1 000 L au 1er trimestre 2010 à 208 €/1 000 L au 1er trimestre 2011 avec 20 % de litrage supplémentaire. Cette hausse des volumes livrés, la montée du prix du lait et l'effet des marges céréales sont les principales explications.
Le taux d'endettement moyen s'améliore (52,8 % en 2011 contre 56,6 % en 2010) avec une diminution des dettes à court terme. « La gestion de trésorerie sera primordiale en 2011 avec l'effet sécheresse et les achats de fourrages nécessaires dans certaines exploitations. »
Se préparer à l'après-quota
« Les perspectives 2011 sont favorables à une hausse globale des revenus avec un contexte de prix porteur (équilibre offre/demande), une hausse des volumes à produire et l'impact des céréales 2010-2011 », estime G. Audebet. « Mais, il faudra être vigilant aux conséquences de la sécheresse, très différentes d'une exploitation à l'autre, en fonction de la pluviométrie, des caractéristiques de sol et de réserve en eau. »
À plus long terme, il faut se préparer à la fin des quotas. « En 2010 et 2011, les éleveurs ont fait preuve de réactivité, en bonne conjoncture. Il faudra aussi trouver la bonne carburation, lors des périodes moins favorables. Avec la mise en place de prix différenciés, les éleveurs devront bien connaître leur coût de production et même leur coût marginal, pour bien ajuster leurs volumes. » Avec un tiers des éleveurs et des volumes, des outils aux normes, l'Ouest de la France a de bons atouts pour l'avenir.
Patrick Bégos
Un environnement imprévisible
Directeur de Philéas, cabinet de conseil en développement international, Alain Simon a formulé, devant les participants à la journée Partenaires, quelques hypothèses pour le futur. 2011 est pour lui la fin d'une époque, la fin des choix faits après le 11 septembre 2001. « Notre relation au moteur de l'histoire a changé, avec la mise en cause du modèle économique, énergétique et social. Rien ne se passe comme prévu. Il faut accepter de vivre et de prendre des décisions, dans un environnement imprévisible. »