
C’est dans une atmosphère relativement apaisée que s’est déroulée jeudi 16 juin à Quintin une réunion publique autour d’un projet de méthanisation sur La Harmoye. Un projet porté à la fois par un agriculteur de la commune voisine de Lanfains et le groupe SPTI spécialisé dans les énergies renouvelables. La plupart des opposants au projet avaient décidé de ne pas participer à la réunion. Ils avaient missionné deux délégués pour lire leur position en début de réunion.
50 000 tonnes de biomasse
Le projet dénommé Biogazland vise à méthaniser 50 000 tonnes de biomasse. Isabelle Motte, présidente du directoire de STPI a présenté les données essentielles. « L’unité sera alimentée par des biomasses organiques composées principalement d’effluents d’élevage (15 000 à 20 000 tonnes de fumiers et fientes de volailles, 10 000 à 20 000 tonnes de lisiers de porcs bruts ou centrifugés), de résidus de céréales et de déchets de l’industrie agroalimentaire ». L’unité sera approvisionnée dans un rayon d’une trentaine de kilomètres. Elle précise que « l’acheminement se fera en citerne ou par camions bâchés ». Réfutant ainsi les allégations sur l’introduction d’algues vertes ou de déchets ménagers dans le digesteur. « Nous ne savons pas faire et il nous faut de la stabilité dans nos digesteurs ». Comme toutes les unités de méthanisation, l’objectif est de produire de la chaleur et de l’électricité. La puissance annoncée est de 1,5 mégawatt, soit l’équivalent des besoins énergétiques de 13 000 foyers. Une partie de la chaleur devrait être cédée au couvoir voisin. L’une des particularités de cette usine est la valorisation en engrais minéraux (4 000 tonnes) du digestat issu de la méthanisation grâce à un procédé spécifique permettant la dissociation des trois unités fertilisantes pour ainsi produire du phosphate dit ammonique, des engrais minéraux binaires (P et K) et des solutions azotées. Isabelle Motte se veut particulièrement rassurante sur les émissions de gaz, les risques industriels, les nuisances olfactives ou sonores, ou encore liées à la présence d’insectes… « Les camions seront dépotés dans des hangars placés en dépressurisation. Les produits seront hygiénisés en entrée et en sortie. L’eau rejetée sera aux normes et en permanence contrôlée ». Elle met aussi en évidence l’impact social, 5 emplois permanents, et économique pour la commune qu’elle estime à 40 000 euros par an. Des propos qui ne rassurent évidemment pas tout le monde. Quelques riverains proches s’interrogent, et contestent l’implantation dans cette zone à proximité d’habitations, même si le projet respecte les distances réglementaires. Inquiétudes aussi quant au trafic. Là encore les propos d’Isabelle Motte, « seulement 15 camions par jour, à des horaires précis (8 h 30 à 17 h) et pas le week-end » n’apaisent pas totalement.
Défaut de communication
Du côté de la profession agricole, sans ambiguïté, les responsables professionnels se disent favorables à la méthanisation. « Le défaut de communication complique un peu les choses dans ce dossier », admet Jean-Pierre Le Bihan, responsable environnement à la Chambre. Olivier Allain, président abonde et précise préférer que les capitaux restent agricoles. Mais il insiste aussi sur la chance pour la Bretagne de pouvoir valoriser la biomasse en énergies renouvelables. « Une énergie qui ne coûte pas cher au consommateur ». Rappelant que l’agriculture, c’est directement ou indirectement 40 % des emplois en Bretagne. Cette réunion aura au moins eu le mérite de faire s’exprimer publiquement les promoteurs du projet. Chacun pouvant ensuite se forger une opinion. Un regret, que les opposants ne soient pas venus alimenter un débat public.
Pierre Dénès
Photo : Plus de 150 personnes ont participé jeudi soir à la réunion publique à Quintin et écouté les propos d’Isabelle Motte, présidente du directoire de la société STPI.
Les procédures d’autorisation sont en cours
Ce dossier fera sans doute encore parler. Il va désormais entrer dans sa phase de procédures réglementaire et administrative. Les dossiers de demande d’autorisation d’exploiter et de demande de permis de construire sont en cours d’instruction. Devrait suivre l’enquête publique au cours de laquelle les opposants ou les partisans pourront s’exprimer.
Le Conseil de l’Environnement et des Risques sanitaires et technologiques émettra ensuite un avis et le Préfet tranchera.