
Il n'y a pas que des raisons d'être pessimistes. À l'aube de la nouvelle décennie, les industriels de la viande bovine craignaient que la production en Europe de l'ouest ne décline à l'instar de la filière ovine. Depuis l'année dernière, même si certaines menaces persistent, les choses ont changé. L'invasion annoncée de la viande brésilienne n'a pas eu lieu, « partie en Asie, elle a disparu des marchés européen et turc », constate Maud Marguet.
Des défis
D'autre part, si la forte croissance de la demande mondiale envisagée par l'OCDE et la FAO permettra surtout aux filières des pays en voie de développement de poursuivre leur essor, elle ouvre tout de même des possibilités aux bassins traditionnels. Mais il y a « des défis à relever », présente Maud Marguet. L'économiste cite la fidélisation du consommateur, le maintien de l'image environnementale, la compétitivité et la resistance à la volatilité… « On a aussi un besoin de restructuration des outils industriels pour aller chercher l'export », ajoute-t-elle. Elle alerte cependant sur les forces des concurrents étrangers. Sans parler du possible accord avec le Mercosur dans lequel la viande bovine européenne aurait tout à perdre, « les Brésiliens seront capables d'améliorer leur image sanitaire », illustre-t-elle.
Compétitivité
Face à une consommation relativement stable, l'érosion de la production de viande bovine en France devrait se poursuivre à l'horizon 2015. L'explication est à chercher dans le troupeau laitier où les gains de productivité vont réduire les effectifs. Pour la région en revanche, « l'offre en réformes laitières n'est pas menacée car on peut s'attendre à ce que la fin des quotas implique une concentration de la production en Bretagne. » Mais pour la viande, cela signifie aussi que la concurrence entre productions sera accrue, avec « des arbitrages moins évidents entre la spécialisation en lait et la création ou le maintien d'un atelier viande. » Il faut donc s'attendre à une réduction des effectifs de jeunes bovins. Pour les vaches allaitantes, avec « le maintien d'une prime à la vache allaitantes découplée », peu d'évolutions sont à attendre à cette échéance. Mais sur le terrain, ce qui décidera de la pérennité de la production, c'est le prix. « Sur la décennie en cours, on peut s'attendre à une progression du prix moyen de la viande bovine de 11 % », ce qui placerait la moyenne à 3,45 € / kg en 2019. Mais il n'est pas certain que cette perspective soit suffisante pour céder à l'optimisme et s'assurer un renouvellement des générations suffisant. Ronan Lombard
Photo : Le maintien d'une prime à la vache allaitante (PMTVA) en partie couplée devrait contribuer à la stabilité du troupeau allaitant d'ici 2015.