
Gagner du temps, accroître la productivité, limiter les investissements, combattre l’isolement, prendre des engagements personnels ou professionnels... les raisons de déléguer ne manquent pas. La filière agricole s’est organisée pour répondre à cette nouvelle demande. Les Cumas intégrales, les ETA, les services de remplacement, les services administratifs et comptables ou les salariés, sous différents statuts, sont autant de solutions pour les agriculteurs. « La bonne formule est celle qui convient aux besoins des personnes », estime Jean-Claude Foucraut, producteur de porcs et employeur de main d’œuvre.
Déléguer oui, mais…
La délégation a été un choix stratégique pour Jean-Michel Roger, président de Cuma, qui a investi dans des bâtiments d’élevage à son installation au détriment du matériel. « Le travail du sol est au cœur du métier, ce n’est pas simple. Ce choix de départ reste pourtant le bon. » La confiance est au cœur du système. « Il faut s’appuyer sur des acteurs capables de faire le travail dans la durée, des gens ayant le sens des responsabilités », renchérit Jean-Claude Foucraut. Attention cependant à ne pas trop déléguer, prévient André Galerne, salarié en élevage avicole et porcin, faisant référence à une expérience passée. « Le chef d’entreprise doit garder un œil sur la conduite de la partie déléguée, sous peine d’être rapidement déconnecté. Il en va d’une relation saine entre l’employeur et son salarié. » Attention également à la dépossession du travail de l’un des associés et de sa principale source de motivation. Et de conserver pour soi les tâches jugées stratégiques sur l’exploitation. « Je délègue la saisie de la facturation (vente directe) mais je reprends toutes les factures et j’assure le reste du travail administratif pour savoir où j’en suis », avance Sylvie Robin, présidente du comité départemental de l’emploi. Une manière de faire largement partagée par les participants au débat, dans la salle, notamment les femmes, associées de Gaec, souvent en charge de la gestion administrative. Pour Patrice Huguet, adhérent à Solutis Emploi, c’est la traite et les soins aux animaux qu’il a choisi de déléguer. «En passant par Solutis, j’ai aussi délégué l’embauche du salarié à mi-temps. J’étais plus serein, notamment pour un premier emploi. » La charge de travail reste importante, depuis le départ en retraite de sa mère. L’éleveur hésite entre une embauche à plein temps ou la délégation d’une autre partie des travaux.
La délégation ne fonctionne qu’avec la confiance que génère un service de qualité. André Galerne reprend : « Dans le cas de l’embauche de salariés, les agriculteurs doivent choisir. S’ils souhaitent confier des responsabilités, le salaire doit suivre. » Il en va de l’attrait des métiers de l’agriculture. Une chose est certaine, l’augmentation de la taille des structures conduira à déléguer de plus en plus de tâches. Il faudra trouver les services et les salariés. Bernard Laurent
De gauche à droite : Jean Michel Roger, président de Cuma, Jean-Michel Pocart, ETA, André Galerne, salarié, Patrice Huguet, adhérent Solutis et Jean-Claude Foucraut, FDSEA, participaient à un débat sur la délégation, après les AG du Sérémor, de Solutis Emploi et de l’AEF, mardi 7 juin, à Vannes.