
Pas facile de parler de pâturage en période de manque d’eau. C’est pourquoi les conseillers des Chambres d’agriculture avaient adapté leur discours lors des « Matinales de l’herbe », les 31 mai et 16 juin derniers, proposant en plus des témoignages et des conseils liés au pâturage, des solutions qui peuvent
être mises en oeuvre, à court et moyen terme, face à la sécheresse.
Valoriser des surfaces humides
Malgré les difficultés rencontrées sur cette saison de pâturage, l’herbe reste un atout pour l’Ouest et il est important de bien la valoriser pour en tirer le meilleur bénéfice. Au Gaec Le Sillon, basé à Mordelles, elle représente 34 ha sur la SAU de 116 ha. L’exploitation regroupe trois ateliers gérés par 4 associés : 400 000 L de lait, 200 truies (naisseur, post-sevrage) et 37 Limousines (naisseur). « Cet atelier, d’abord des génisses amouillantes, puis aujourd’hui des vaches, nous permet de valoriser des surfaces humides », précise Vincent Gieux, un des associés.
Sur les trois secteurs de l’exploitation, des parcelles d’herbe sont implantées. Toutes les mères, laitières comme allaitantes, sont rassemblées sur un site autour des bâtiments. « Les génisses vides ou confirmées pleines vont sur les deux autres sites. Elles sont menées en paddocks, avec des lots mélangeant les deux races. » Pour l’insémination, les génisses sont ramenées sur le site « vaches ».
Au printemps, le pâturage des laitières se fait sur 13 paddocks, celle des allaitantes sur 5 paddocks. Côté espèces, les prairies sont constituées de 50 % de RGI (deux variétés) et de 50 % de trèfle hybride-trèfle incarnat, le tout semé à 25 kg/ha. « Le pâturage est privilégié, des stocks d’ensilage d’herbe sont faits, très peu de foin. » À partir de la fin du printemps, une parcelle est réservée aux mères prêtes à vêler, une autre aux vaches à inséminer, et les trois autres accueillent les vaches suitées et gestantes.
Facilité de naissance
« Nous réalisons 100 % d’IA, y compris en Limousine. Un broutard permet toutefois de mieux détecter les chaleurs sur cette race. » Le choix des taureaux allaitants se fait sur la facilité de naissance et la mixité viande. « Sur les 37 vêlages, 94 % se passent tout seul. Les vaches sont surveillées, mais nous n’aimons pas trop intervenir. Nous essayons d’éviter les vêlages d’hiver. D’août à novembre, les vaches vêlent dehors. » L’herbe constitue le repas unique des veaux au printemps, ce qui n’empêche pas un bon niveau de croissance sur l’exploitation.
Annette Hurault et Christian Veillaux, conseillers Chambre 35, précisent que des outils existent pour bien gérer l’herbe : le calendrier de pâturage (qui permet notamment de mieux organiser les pâtures et la fauche et de garder en mémoire les décisions de la saison), le temps de repousse, la croissance de l’herbe, les jours d’avance... Ils sont détaillés dans le guide « Produire avec de l’herbe », des chambres d’agriculture. Des repères de surfaces y sont également précisés pour les différents types d’animaux. Agnès Cussonneau
Photo : Vincent Gieux, un des associés du Gaec Le Sillon, précise qu’à la mise à l’herbe, « la priorité est donnée aux génisses. »
Face à la sécheresse
« Pour les animaux qui ont moins de besoins, l’herbe peut être rationnée avec un fil avant et arrière, et complétée avec de la paille », précisent les conseillers. Quand il n’y a plus de pousse d’herbe, il est préférable d’éviter de passer les animaux, au risque d’altérer les pâtures. Parfois évoqué par les agriculteurs, « le moha a besoin d’eau pour s’implanter », a précisé Annette Hurault, ajoutant que « cette culture ne se récolte qu’une seule fois et sa valeur n’est pas très importante. Mais elle représente toutefois une solution pour l’été. »
Par ailleurs, la luzerne aurait tendance à rester verte un peu plus longtemps en sol séchant, elle repart avec l’eau. Dans l’attente de voir les résultats que vont donner leur maïs, beaucoup d’éleveurs se posent la question d’achats de fourrages de substitution. « La paille est intéressante pour remplir la panse, mais elle apporte peu de valeur. Alors est-ce un bon investissement à 100 euros/tonne ? », se demande Jean-Louis Hervagault, responsable bovins à la Chambre d’agriculture 35.