Une centaine d’unités de méthanisation en France, plus de 5 000 en Allemagne. Même si le mouvement semble s’enclencher, le rattrapage n’est pas pour demain. La Bretagne compte actuellement 13 installations de méthanisation, dont 6 à la ferme. 25 projets pourraient émerger en 2011, correspondant à 5 à 6 mégawatts électrique et 300 000 à 400 000 tonnes de déchets organiques intégrés dans les digesteurs.
Les raisons de ce retard sont connues. Une politique énergétique française basée essentiellement sur le nucléaire en France et des tarifs de rachat de l’électricité peu attractifs pour les autres sources de production. L’Allemagne a fait d’autres choix, notamment en proposant des tarifs de rachat intéressants qui ont poussé bon nombre d’exploitants agricoles à s’y intéresser. Certains sont même rentrés dans une logique de production d’énergie en ayant recours à des cultures énergétiques sur des surfaces préalablement destinées à des cultures de vente ou d’affouragement des animaux
Ancré dans le territoire
« Malgré la récente revalorisation en France, les tarifs allemands restent encore plus intéressants », note Isabelle Robin, directrice d’Evalor. Pour autant, elle estime que la méthanisation ne manque pas d’atouts. « Une production d’énergie (électricité, chaleur) assurant plus d’autonomie, une diminution de l’impact environnemental (gaz à effets de serre), un traitement des déjections en préservant leur valeur fertilisante ». Mais l’investissement reste lourd et la rentabilité doit être bien étudiée. « Cela nécessite du temps et des compétences ». Outre la solution environnementale, elle le voit sur la région comme un complément de revenu sur les exploitations.
Jean-Marc Onno, éleveur de porcs à Moustoir-Rumengol (56) a été l’un des premiers à s’engager. Il a investi 800 000 euros et atteint les objectifs qu’il s’était fixé vers plus d’autonomie énergétique, la suppression des apports d’engrais chimiques. Un projet qu’il définit lui-même comme « un projet à taille humaine, inséré dans le territoire ». En ayant en outre permis la création d’emplois. Il a en effet contribué à installer une jeune femme à proximité dans une champignonnière en lui fournissant de la chaleur.
Hubert Simon, éleveur à Plouvorn (29), s’inscrit aussi dans une démarche de territoire, mais à une échelle plus importante. Le projet est de produire 1,2 mégawatt et devra obligatoirement s’appuyer sur des partenaires. « Nous n’avons pas le foncier à disposition ». Il devrait impliquer 25 éleveurs, résoudre le problème d’aviculteurs ou encore permettre le séchage d‘une centaine d’ha de luzerne. Il met aussi en évidence la masse disponible dans le seul secteur agricole (déchets légumiers, menue paille, fientes de
volailles ...).
Garder la main financièrement
Si les situations diffèrent, tous deux s’accordent à mettre en évidence que ce sont des projets lourds à mener. « Ils nécessitent de s’adosser sur des spécialistes et des compétences pour la mise en œuvre, mais aussi pour tous les aspects de suivi et de maintenance ». Jean-Marc Onno estimant qu’il faut garder la main financièrement et trouver des partenariats, y compris entre les agriculteurs sur le terrain, laitiers et éleveurs hors-sol.
Pour Gilles Petitjean, directeur de l’Ademe, l’avenir est porteur parce qu’il y a de la ressource. « L’objectif d’aboutir à 150 mégawatts en 2020 nécessite l’installation d’une cinquantaine d’installation par an ». Encore faut-il que la Bretagne arrive à maîtriser ce développement et à en garder le bénéfice. Des équipementiers européens (Allemands, Hollandais …) rôdent. Pierre Dénès