
Les pluies de ces derniers jours ont sans doute écarté pour un temps le spectre d’une véritable sécheresse sur le département. Même s’il convient de relativiser, car les apports ont été différents d’un secteur à un autre. Et l’Ouest sans doute un peu mieux arrosé que l’Est. Pour autant, les conséquences de ce printemps particulièrement sec sont loin d’être effacées.
L’exemple du Gaec de Prat Hir (voir hors texte) illustre la situation d’un élevage, avec ses spécificités. « Mais, reconnaît Claude Henry, président de la section bovine de la FDSEA, d’autres éleveurs sur le département souffrent sans doute encore plus de ce manque d’eau ». Il cite les systèmes très herbagers qui n’ont pas constitué de stocks. Et se voient infliger une triple sanction pour les plus fragiles d’entre eux: « Des revenus très bas depuis 3 ans, un effondrement des cours alors qu’ils sont contraints de décapitaliser, des achats de fourrages à des prix élevés ».
Encourager les Cipan fourragères
La sauvegarde de l’élevage passe pour lui par un minimum de solidarité locale. « À notre demande, le préfet du département a décidé l’interdiction du broyage de la paille après moisson. C’est une bonne initiative, car il faut utiliser toute la paille disponible sur le secteur avant d’en faire venir d’ailleurs ». Ce qui pourrait aussi contribuer à enrayer le phénomène de spéculation. « De la paille entre 150 et 180 euros/tonne, ce n’est pas normal, un prix compris entre 110 et 120 euros paraît un maximum acceptable ».
Claude Henry va plus loin. Il invite les collectivités à ne pas broyer des parcelles retenues pour des projets d’urbanisme et non encore utilisées. De même pour les jachères. D’autres solutions existent encore pour accroître la production fourragère. Il demande notamment à l’administration d’autoriser tous les éleveurs à implanter des Cipan à base de cultures fourragères (légumineuses ou autres) en permettant, pour certaines, un minimum de fertilisation.
Dans l’immédiat, la FDSEA demande la reconnaissance en calamités agricoles et une année blanche pour les cotisations MSA. Elle engage aussi son réseau à remonter du terrain, les offres de fourrages et les demandes. « Nous n’avons pas vocation à faire du commerce, mais à faciliter les mises en relation », conclut Claude Henry pour qui : « Ce sont toutes ces mesures, ajoutées les unes aux autres, qui doivent permettre de passer le cap, en évitant une décapitalisation massive désastreuse pour les filières lait et viande et la spéculation sur les fourrages ». Pierre Dénès
La ration d’hiver au mois de juin
Isabelle et Sylvain Jaguin, associés avec Jean-Yves Le Merrer au sein du Gaec de Prat Hir à Pédernec mesurent les conséquences du manque d’eau au jour le jour. Sur leur exploitation de 120 ha, au pied du Méné Bré, ils conduisent simultanément deux troupeaux : 75 vaches laitières et la suite, et 40 vaches allaitantes.
Sylvain Jaguin explique : « Nous devons faire face à un déficit important en herbe. Depuis la semaine dernière, les vaches laitières sont au régime hivernal, c’est-à-dire une ration à base de maïs ». Une réaction en chaîne, dans la mesure où les allaitantes au pâturage sur des prairies permanentes ont pris la place des laitières. « Elles nettoient les pâtures et broutent les refus. C’est la situation que nous connaissons habituellement à partir de la mi-août ».
Cependant, pas de panique dans l’immédiat pour les éleveurs associés du Gaec de Prat Hir. Les stocks présents dans les silos de maïs permettent d’aller jusqu’à l’automne sans trop d’encombre. « Par contre c’est une ration plus coûteuse puisqu’il faut la complémenter pour assurer son équilibre ». Il avait aussi anticipé ce manque de nourriture en vendant quelques animaux tôt dans la saison.
La crainte est plus pour les stocks d’hiver. « Si la pluviométrie est régulière sur les prochaines semaines, le maïs devrait pousser normalement sur le secteur ». Il le faut, car les autres stocks de fourrages sont, cette année, très limités. « Après une fauche ou un pâturage, l’herbe ne pousse plus. Les rendements en ensilage d’herbe et en foin ont été nettement inférieurs aux années passées et il n’y aura pas de deuxième coupe». Un déficit herbe ensilée et foin estimé à 50 %. D’où cette réserve quant à la situation hivernale et pour la reconstitution des stocks fourragers, si le maïs devait souffrir.
Photo : Sylvain Jaguin, du sein du Gaec de Prat Hir à Pédernec mesure au jour le jour les conséquences du déficit fourrager lié au manque d’eau.