
C’est une crise de confiance sans précédent qui touche la filière européenne des légumes, suite à l’épidémie de diarrhées mortelles en Allemagne générée par la bactérie E.coli enterohémorragique (Eceh). En Bretagne, les répercussions sont catastrophiques pour les producteurs de concombres (Saveol notamment), mais ne s’arrêtent pas à ce seul légume, dont les tonnages sont assez restreints sur la région. Également mises sur le banc des accusés par les autorités allemandes en début de crise, les tomates sont touchées de plein fouet, avec des prix qui s’effondrent depuis le début de la semaine dernière. En tomates grappes, les cours (à la production) se situaient à 0,50 €/kg mercredi, alors qu’ils devraient être de 0,80 € au vu de la conjoncture actuelle. « Le marché était porteur, avec du soleil et le week-end de pentecôte qui s’annonce », précise Jean-Yves Ollier, expéditeur à Saint-Pol-de-Léon (Sicagri Ollier).
« Les Hollandais et Belges sur nos marchés »
La fermeture du marché russe la semaine passée et les difficultés à importer en Allemagne se répercutent sur les produits français. « Les Hollandais et les Belges, également en pleine production, arrivent chez nos clients avec des camions entiers vendus à des prix dérisoires, descendant jusqu’à 20 centimes/kg. » Des invendus étaient à prévoir cette semaine, même si aucun produit n’avait encore été détruit mercredi, comme c’est le cas ailleurs en France. L’AOP Cérafel annonce une perte de 2 M€ sur une semaine, pour les produits Prince de Bretagne. « La psychose s’est installée. Le principe de précaution qui a prévalu dans cette crise est catastrophique pour notre filière », déclare Joseph Rousseau, le président du
Cérafel. En concombres, plusieurs tonnes ont été détruites en début de semaine par des producteurs mécontents, près
de Nantes. « Seulement 2 concombres sur 10 sont vendus », note Pierre Diot, président de l’AOP tomates et concombres de France. En plein coeur de la crise, les producteurs français souhaitent en premier lieu rétablir la confiance des consommateurs. « Nous demandons un soutien sans réserve des plus hautes autorités de l’État pour rassurer les gens quant à la consommation de fruits et légumes français », déclare Angélique Delahaye, présidente des Producteurs de légumes de France (FNSEA). Dans ce sens, mercredi, une délégation de producteurs est allée apporter des concombres au Conseil des ministres, puis à l'Assemblée nationale et au Sénat. Le ministre de l'agriculture, Bruno Le Maire, a mangé une tranche de concombre devant photographes et cameramen. Ce week-end, l’AOP tomates et concombres de France va diffuser une communication radio incitant à manger ces produits. Agnès Cussonneau
Des aides revues à la hausse
La Commission européenne va revoir à la hausse le montant qu'elle compte débloquer pour venir en aide aux producteurs de légumes touchés par la crise de la bactérie E. Coli. Ce sera plus que les 150 millions d'euros annoncés. « À l’échelle d’un producteur, ces montants ne représentent rien. Les Espagnols ont perdu 200 millions en une semaine », chiffre Pierre Diot. Le ministre de l’agriculture a annoncé un remboursement des pertes à l'euro près : les producteurs français comptent dessus. « Cette crise est injuste et irrationnelle. Tous les cas recensés sont liés à l’Allemagne, les autres pays ne sont pas concernés. » Si les concombres, tomates et salades ont été innocentés, le mal est fait.