Pour exprimer au mieux le potentiel des truies hyperprolifiques, et conserver leurs performances de reproduction et de longévité, leur pilotage par les éleveurs doit se faire tout en finesse. Lors du quatrième forum Youna, le 18 mai au Mans, plusieurs producteurs ont fait part de leurs pratiques, en particulier sur le plan alimentaire. À l’EARL du Domaine (Guilliers, 56), le nombre de sevrés par portée atteint 12,6 sur 2010, et dépasse 13 sur le 1er trimestre 2011. Les 420 truies sont conduites en 10 bandes avec un sevrage à 21 jours. Un gros travail a été fait sur l’alimentation des truies, quasi linéaire auparavant. Aujourd’hui, place à l’individualisation grâce à des doseurs en gestantes. « Des analyses d’ELD (épaisseur de lard dorsal) sont pratiquées au sevrage, à l’échographie et à l’entrée en maternité », précise Dominique Macé, responsable d’élevage.
Favoriser aussi le taux d’ovulation
Le jour du sevrage, les truies reçoivent 1,5 kg d’aliment. Suivent trois jours de flushing à 4,6 kg/truie. La semaine des IA, elles mangent la ration gestante de base (2,5 kg), puis, de l’IA à 5 semaines après, l’alimentation est différenciée : 2,5 kg pour les truies de plus de 18 mm d’ELD, 3 kg pour les 13-18 mm, 3,5 kg pour les 8-13 mm et 4 kg, voire davantage, pour les – de 8 mm. Sur la deuxième phase de gestation (jusqu’à 4 semaines avant mise bas), les truies sont nourries avec une ration de base de 2,5 kg (3 kg pour quelques truies très maigres). En dernière phase, jusqu’à une semaine avant mise bas, la ration augmente nettement : 3,4 kg (4 kg pour les très maigres). Entrant en maternité une semaine avant mise bas, les truies reçoivent alors de l’aliment allaitante (2,8 kg). « La ration varie en fonction de l’appétit le jour de la mise bas, est de 3 kg le lendemain, puis augmente, atteignant 8,5 à 9 kg avant sevrage. » Les cochettes sont logées à part jusqu’à la saillie. « Leur alimentation (type gestante) est rationnée à 2,5 kg par jour. Avant l’insémination, les quantités sont relevées à 2,8 – 2,9 kg. L’objectif est de favoriser le taux d’ovulation ».
Bien préparer les cochettes
Situé à Confort Meilars (29), l’élevage de Pierrick et Frédéric Le Quéré a sevré plus de 100 porcelets par truie réformée en 2010. La génétique Youna a fait sa place sur l’élevage à partir de 2005, couplée à du verrat Piétrain Gène +. Les 200 truies sont conduites en sept bandes, avec un sevrage à 28 jours. Aux yeux des éleveurs, l’optimisation passe d’abord par une bonne préparation des cochettes, qui pèsent entre 75 et 100 kg à l’arrivée. Lors des 6 à 12 semaines de quarantaine, elles reçoivent un aliment gestante rationné. « Les cochettes entrent en verraterie le jeudi soir du sevrage et sont inséminées 3 et 6 semaines plus tard. Deux tiers d’entre elles sont cyclées naturellement », précise Pierrick Le Quéré. Côté alimentation, les cochettes sont rationnées à 2,8 kg avant insémination, puis à 2 - 2,1 kg durant la gestation en fonction de la saison.
«Des truies en état en permanence»
Pour l’éleveur, il est primordial de maintenir des truies en permanence en état, note légèrement inférieure à 3. Pour coller au plus près des besoins, le plan d’alimentation varie en permanence, tous les 6 à 12 mois. Avec un sevrage à 28 jours et certaines truies qui élèvent 16, voire 17 porcelets, « nous accompagnons vraiment les truies pour ne pas perdre trop en état. L’aliment (de type gestantes pendant une semaine) est donné à volonté dès le lendemain de la mise bas. L’abreuvement par sucettes est également à volonté. » La surveillance pendant les mises bas (déclenchées) est aussi privilégiée sur l’élevage. Pour plus d’homogénéité, « les 9-12 premiers porcelets qui naissent sont isolés après avoir pris le colostrum. Par ailleurs, nous effectuons très peu d’adoptions, juste un équilibrage en fonction du nombre de tétines fonctionnelles et accessibles. » Quand les truies sont trop « agressées » par les porcelets, le sevrage peut être abaissé à 21 jours. Agnès Cussonneau