
L’ancienne prairie de Kerdroguen, en Colpo, plus ou moins à l’abandon, a retrouvé le sourire. Elle sert désormais de parcours à quelques centaines de volailles qui s’activent à l’ombre des 800 arbres plantés en 2008, à l’installation des frères Métayer. Julien, l’ancien maçon tailleur de pierres, et Jean-Charles, ancien infirmier de bloc opératoire, ont réussi leur reconversion. Leur jeune entreprise compte 24 hectares de SAU, un hangar qui abrite les poussinières et la fabrique d’aliment, 6 poulaillers amovibles et un laboratoire (abattoir et atelier de transformation). La partie n’était pas gagnée d’avance. « Pas facile d’être accepté quand on est ni du milieu agricole, ni du secteur géographique. Pas facile non plus de trouver des financements », sourit Julien. Les temps changent. La vente directe, bien maîtrisée, a fait ses preuves. Le Crédit Mutuel de Bretagne accepte d’accompagner le projet. 200 000 € investis, tout de même, sans le foncier, avec une partie d’autoconstruction. « Nous étions inquiets sur les débouchés. Nous n’avons pas commercialisé en bio tout de suite. Les premiers tests ont été probants ; nous n’arrivions pas à satisfaire la demande sur les premières bandes ». Les volailles (poulets, pintades, oies et chapons) sont vendues en bio depuis octobre 2009.
Autonomie en céréales
« Il nous faut produire 75 tonnes de céréales (ou mélanges) pour nourrir nos 6 000 volailles. L’idéal serait d’avoir une trentaine d’hectares pour intégrer suffisamment de prairies dans l’assolement ». Des prairies, qui conservées 3 à 4 années, permettent de « nettoyer » les parcelles et de restituer de l’azote pour les cultures à venir. « Nous implanterons probablement de la luzerne, vendue en fourrage ». Actuellement, l’exploitation produit du triticale, du maïs, de la féverole, des mélanges céréaliers et de la farine de blé noir (pour la vente). Les parcours occupent 4 hectares et les prairies 2 hectares. Les céréales sont broyées, le complémentaire azoté est acheté dans le commerce (750 €/tonne). « Il est primordial d’avoir une autonomie alimentaire la plus grande possible compte tenu des prix en bio ». Pour le démarrage des poussins, les éleveurs achètent la totalité de l’aliment (800 € /tonne). « Il faut 1 kilo par poussin soit 6 tonnes par an mais la formule est complète et équilibrée. Les poussins ont une bonne croissance, on le retrouve à la fin ». L’indice de consommation de l’élevage est évalué entre 4 et 5 par les éleveurs.
Race à croissance lente
Un lot de poussins de 1 jour arrive tous les mois du couvoir Perrot dans les Côtes d’Armor. Ils sont déjà vaccinés contre la rhino bronchite infectieuse, la maladie de Marek et la coccidiose. Ils ne sont ni débecqués ni désailés. Sur la ferme, il n’y a aucun traitement vétérinaire, seulement une cure de vinaigre en poussinière à 15 jours-3 semaines dans l’eau de boisson et parfois une cure de vitamine AD3E en hiver.
Ils restent dans les poussinières pendant 1 mois puis sont conduits dans les poulaillers déplaçables, à l’extérieur. Un vide sanitaire d’un mois est réalisé après chaque lot. Les poulets, de race JA 657 à croissance lente, sont abattus entre 105 et 135 jours d’âge, à une moyenne d’1,7 kilo pour un prix moyen de 15 €.
Les abattages, le lundi et le jeudi se réalisent à deux (3 UTH sur l’exploitation). 5 000 poulets, 700 pintades, 150 chapons et quelques oies et canards sont vendus à l’année, par le biais d’Amap, sur deux marchés locaux et à la ferme. « Nous fabriquons également du foie gras. Le produit a une forte valeur ajoutée en raison de sa technicité ». Les deux éleveurs ont suivi des formations dans le Sud Ouest de la France pour maîtriser le procédé. Des conserves de volailles sont également proposées à la vente pour diversifier la production.
Bernard Laurent
Photo : Jean-Charles Métayer, fait visiter le laboratoire lors d’une porte ouverte organisée par le Groupement des agriculteurs biologiques