
À l’occasion de leur assemblée générale, le 27 mai dernier, les adhérents du Ceta 35 se sont penchés sur une question de plus en plus prégnante pour les producteurs d’Ille-et-Vilaine : la concurrence entre les productions sur une même exploitation. Illustrant la thématique, Jean Deroyant, producteur à La Selle en Coglès, avait ouvert les portes de son exploitation qui s’appuie sur une SAU de 130 ha.
Trois ateliers y cohabitent : cultures (herbe, maïs, céréales), lait (340 000 L) et porc (100 truies naisseur engraisseur). « Je conserve encore un certain équilibre entre ces productions : les cultures m’apportent de l’autonomie alimentaire et les déjections animales sont intéressantes pour les cultures. L’objectif est d’atteindre, pour chaque atelier, une taille qui me permette de rationaliser
le travail. Néanmoins, l’évolution des productions dépendra de la conjoncture », avoue l’agriculteur.
Différents choix de commercialisation des céréales
Pour éclairer les réflexions, trois responsables de l’aval des différentes filières ont été invités. Sur la question des céréales et de la volatilité des prix, Étienne Jeanne, d’Agrial précise : « Notre coopérative propose sept types de commercialisation différents, selon le besoin en trésorerie à la moisson, avec des contrats fermes (volume et prix définis), des prix moyens, des prix de campagne... Beaucoup de producteurs utilisent plusieurs options pour leurs récoltes. » Pas de recette miracle donc, mais la possibilité de choisir.
Concernant le lait, Vincent Lebastard, directeur de la collecte CLE, a rappelé l’enjeu que représente cette production pour l’Ouest de la France. « L’augmentation de volumes prévue sur les régions Bretagne, Pays de la Loire et Basse Normandie est de 18 % entre 2007 et 2022. Par ailleurs, le coût alimentaire breton fait partie des moins élevés en Europe. » Évidemment, le prix du lait qui sera proposé en parallèle - sous fond de contractualisation laitière - était au coeur des interventions des producteurs présents. « Pour produire plus, il faudra redimensionner nos outils. Mais quels investissements faire sans visibilité sur le prix ? », note l’un d’eux.
Pour le porc, Michel Gaumerais, directeur de l’abattoir Abera, a souligné les difficultés actuelles de la filière. « Nos compétiteurs sont de plus en plus lointains. En France, il n’y a pas de Leadership permettant de tirer les prix vers le haut. » Sur cette production aussi, les perspectives sont assez floues. Mais comme on l’entend parfois dans les campagnes, le brouillard qui flotte sur l’agriculture cache sans doute aussi des opportunités. Agnès Cussonneau
Davantage d’adhérents
Nombre en hausse significative chaque année depuis 5 ans, le Ceta 35 compte aujourd’hui 470 adhérents, répartis sur une quarantaine de groupes (23 en lait, 13 en cultures et 4 en porc). L’an passé, 380 jours de formation ont été réalisés. Suite à une réflexion stratégique menée sur 2010-11, plusieurs orientations ont été dégagées. « Nous allons proposer aux adhérents de passer de 9 jours à 6 jours de formation en groupe. Les 3 jours restants seront réservés à des formations transversales, visant à approfondir certains sujets : robot, TCS, évolution du système fourrager, commercialisation, ressources humaines, bio... », note Nadine Herbelin, directrice du Ceta 35.
« Le fait de sortir de leur groupe va permettre aux producteurs de nouveaux échanges et enseignements », ajoute Pascal Gortais, le président. Le Ceta va aussi privilégier la communication en interne et en externe, en direction des agriculteurs non adhérents, mais aussi des organisations agricoles et des étudiants. « Seulement 17% des producteurs bénéficient des fonds Vivea pour se former sur le département. »
Photo : De gauche à droite : Étienne Jeanne (Agrial), Vincent Lebastard (laiterie CLE) et Michel Gaumerais (abattoir Abera).