
Au travers du plan Ecophyto 2018, les agriculteurs vont devoir modifier leurs pratiques de désherbage. Sur le terrain, l'IFT (Indice de fréquence de traitement) est l'indicateur opérationnel le plus utilisé. Il cumule le nombre de doses réellement utilisées par rapport aux doses normales, pour chaque culture.
La réduction des quantités de produits phytos sera appréciée globalement sur l'exploitation. En réduisant les doses d'herbicides, l'IFT peut descendre d’environ 30 %, selon les études de l'Inra. « Pour atteindre le niveau de 50 % préconisé dans le Grenelle, il faut modifier l'itinéraire technique, voire le système de culture », estime Michel Falchier (Chambre d'agriculture de Bretagne).
Plusieurs combinaisons
Le maïs offre l'opportunité de réduire l'IFT global par des techniques alternatives comme le désherbage mécanique, même si actuellement, moins de 5 % des agriculteurs le pratiquent. Le cultivateur dispose d'un panel de solutions pour désherber mécaniquement ses cultures de maïs. « Une première solution consiste à réaliser un désherbage en plein, en pré ou en post levée, puis à passer la bineuse au stade 6 à 8 feuilles du maïs. » Les deux opérations (pulvérisation et binage) sont dissociées afin de les réaliser dans les meilleures conditions (hygrométrie élevée pour la pulvérisation et temps sec après binage). « Cette solution permet de descendre l'IFT entre 0,6 et 0,8 contre 1,66 pour l'IFT moyen du maïs. »
Un IFT de 0,25
Une seconde solution consiste à utiliser une bineuse équipée d'une pulvérisation sur le rang. Au premier passage (5 feuilles du maïs), on aura donc un binage de l'inter-rang et un traitement chimique sur le rang, au 1/3 de la dose normale/ha. Le second passage de bineuse sera effectué avant que le maïs ne couvre le sol, au stade 9-10 feuilles. « Cette pratique permet de réduire l'IFT à 0,25. »
Le binage a un autre avantage, il permet de casser la croûte du sol. « Dans une parcelle de Garlan (29), en situation tassée, le passage de la bineuse a permis de gagner 1 t/ha de MS de maïs », ajoute Louis Le Roux (Chambre d’Agriculture). En terrain plus argileux, l'écart serait plus important.
Des machines plus précises
Du côté des machines, des progrès notables ont été faits dans le pilotage et la qualité du binage. L'installation de la bineuse à l'avant du tracteur apporte de la visibilité au chauffeur, un confort de travail et de la précision. Plusieurs solutions sont proposées sur les bineuses installées sur l'attelage arrière.
Chez Grégoire Agri, l'autopilotage peut s'appuyer soit sur le sillon réalisé par une roue traceuse, lors du semis, soit par un équipement ultra-sons, soit par palpeur sur le rang, ou par caméra. Les socs à pattes d'oie scalpent les mauvaises herbes.
Plus de 120 ha
Chez Carré, le système de guidage Precicam guide automatiquement la bineuse, sans intervention au semis. « La précision du guidage est de l'ordre de 3 cm de chaque côté du rang pour une vitesse de travail jusqu'à 15 km/h », précise le responsable de Carré. « La caméra permet d'intervenir très tôt, dès que le diamètre de la plante atteint 3 cm et que sa couleur verte est bien apparente. » Les palpeurs mécaniques prennent le relais de la caméra lorsque la culture est trop développée pour visualiser l'inter-rang. Deux palpeurs viennent en contact avec la tige de maïs et actionnent l'interface qui guide l'ensemble bineur.
Selon l'équipement et les accessoires, le coût global d'une bineuse peut varier de 10 000 à 20 000 euros. « Une bineuse 6 rangs bien équipée peut biner jusqu'à 30 ha/jour, voire plus », estime Michel Falchier. « En condidérant un créneau de 5 à 6 jours disponibles, un minimum de 120 ha semble réalisable dans de bonnes conditions de travail. »
Patrick Bégos
Photo : Le montage de la bineuse à l'avant du tracteur facilite la conduite et améliore la précision du travail.
Des freins au binage
La bineuse est un nouvel outil auquel il faut s'habituer. Au delà de l'investissement dans la machine et du temps dont il faut disposer, les dégâts sur la culture constituent un frein à la pratique. Certes, les pertes en bout de parcelles ont été estimées à 11 % des plants. Mais quand on raisonne sur une parcelle entière de 3 à 4 ha, la perte ne dépasse pas 1 % . Dans les parcelles en courbe ou en devers, tenir la machine dans les rangs n'est pas toujours aisé. C'est à ce niveau que l'autopilotage apporte un intérêt indéniable en repositionnant la bineuse dans l'axe : 99 % des pieds sont binés à moins de 4 cm.