
Le cap est fixé. Il faudra réduire la consommation d’antibiotiques en élevage de 25 % dans les 5 prochaines années. L’enjeu est sociétal. La montée de l’antibiorésistance en médecine humaine suscite des craintes. « Nous y arriverons sans trop de difficultés », rassure Pascal Fourchon, vétérinaire Triskalia, en préambule du Forum technique Capig, de vendredi dernier. La tendance est déjà à la baisse. En 9 ans, les dépenses totales de santé ont chuté de 21 %, atteignant aujourd’hui 5,7 € pour 100 kilos de carcasse (7,3 € en 2001). La consommation d’antibiotiques suit cette tendance. « En 2010, pour la première fois, les dépenses de santé dans les élevages bretons ne sont pas supérieures à celles enregistrées en moyenne sur le territoire national », indique Marianne Bertrand, vétérinaire Triskalia. Une analyse plus fine laisse apparaître de grandes disparités entre élevages. Pourquoi une variation de 2 à 10 € aux 100 kilos de carcasse ? Y aurait-il des modèles à suivre, des pratiques à éviter ? L’enquête Capig, réalisée sur un échantillon de 77 élevages représentatifs dont 54 en Bretagne, permet de tirer quelques enseignements. Les performances technico-économiques ne sont pas liées aux dépenses même si les élevages avec des dépenses élevées ont moins de pertes en engraissement.
Évaluer les protocoles de traitement…
En proportion, la part des dépenses liées aux vaccinations augmente au détriment de celles liées à l’utilisation d’antibiotiques. Un peu plus de préventif. Il n’empêche, les antibiotiques donnés par voie orale atteignent en moyenne 1,36 € aux 100 kilos de carcasse (0,6 € pour les injectables) Avec des différences de 1,10 € entre le quart supérieur et le quart inférieur. « 50% des élevages ont des protocoles anciens, appliqués depuis plus de deux ans », poursuit Marianne Bertrand qui conseille d’évaluer leur efficacité. Elle note, cependant, une évolution favorable : 40 % des éleveurs ont supprimé au moins un protocole antibiotique durant l’année 2010.
… supprimer les protocoles inutiles
Les éleveurs ayant les dépenses de santé les moins élevées n’ont pas de traitements antibiotiques préventifs, par voie orale, ni sur truies ni sur charcutiers. La supplémentation est courte ou absente en post-sevrage. L’inverse est vrai chez les éleveurs les plus dépensiers. « Ces derniers ont souvent un profil hyperprotecteur et ont subit le SDRP. » Une raison suffisante pour tenter de l’éradiquer, selon la vétérinaire. Globalement, les dépenses de santé sont liées au statut sanitaire des élevages (SDRP, MAP, grippes, actinobacillus). « L’optimisation ne peut se faire en période de crise sanitaire. La priorité dans cette situation est de soigner. Par contre, en dehors de ces crises, les protocoles, notamment antibiotiques, doivent être régulièrement révisés. » Marianne Bertrand vise plus particulièrement l’administration par voie orale d’antibiotiques sous la mère, généralement inutiles et toujours mal dosés (un tiers des éleveurs utilisent un aliment médicamenteux sous la mère), les traitements longs en post-sevrage et à l’entrée en façonnage (80 % des porcs sont traités dans la semaine qui suit l’arrivée dans l’élevage engraisseur). La déconcentration de l’aliment en PS reste une voie pour démédicaliser, en misant sur une croissance compensatrice. Le passage à l’aliment blanc peut également être testé à condition de maîtriser la pompe doseuse.
Bernard Laurent
Penser biosécurité avant tout
Les bonnes pratiques de biosécurité restent essentielles à tout niveau de l’élevage (état des lieux réalisé lors de l’étude dans les 77 élevages). L’enquête révèle une marge de progrès importante. Les bonnes pratiques sont associées à de meilleurs résultats technico-économiques. 200 € de marge par truie et par an séparent les élevages, selon leur note, attribuée en fonction des critères de biosécurité. Beaucoup d’efforts restent à faire. Une majorité d’éleveurs ne respecte pas les densités en post-sevrage. La présence de pédiluves ou de pédichaux dans les bâtiments est loin d’être la règle. 30 % des éleveurs ne changent pas d’aiguilles entre deux portées. Au niveau de la biosécurité externe, on note que 50 % des élevages n’ont pas leur quarantaine en périphérie et 40 % ne la conduise pas en tout vide tout plein. La décontamination de l’eau avec un protocole complet n’est réalisée que dans 36 % des élevages.