
« En 2009, la Bretagne totalisait 345 éleveurs bovins laitiers, en bio ou conversion, livrant 57 millions de litres. Sur 2010, la progression est de 30 %, avec 430 producteurs. Cette année, les conversions se confirment », présente Virginie Jourdan de la Frab (Fédération régionale des agrobiologistes de Bretagne).
Face à cette croissance, une question taraude les producteurs : le marché est-il capable d’absorber les volumes supplémentaires ? « Oui, répondent les protagonistes de la filière, car la croissance de la consommation est de 10 % par an et 25 % du lait bio est encore importé. Ce dernier chiffre pourrait être abaissé, en phase avec la demande bio qui devient de plus en plus locale. » Autre préoccupation des producteurs : conserver leurs spécificités et leur rémunération forcément plus importante qu’en conventionnel du fait des charges plus élevées.
Un prix en adéquation
La valorisation du lait est donc primordiale. « Sur les quatre dernières années, les producteurs rattachés à Biolait ont été payés 430 €/1 000 L en moyenne annuelle », affiche Loïc Dété, le directeur de la société, qui compte actuellement une quarantaine de clients. De 2010 à 2013, les tonnages bio commercialisés devraient passer de 47 millions à près de 120 millions. « Cette croissance se prépare en amont, avec le développement de nouveaux marchés pour préserver le revenu des producteurs. La transition est facilitée par les deux ans de conversion qui permettent d’anticiper. »
Loïc Dété ajoute que la vigilance s’impose face à la grande distribution traditionnelle, « acteurs d’une politique agressive sur les prix. » Biolait vient de signer une convention avec le distributeur Système U, incluant un engagement sur 3 ans et un marché « équitable ». La société a par ailleurs été admise dans la section agricole de Biocoop, « distributeur partenaire depuis 1998. »
Sous fond de contractualisation rendue obligatoire par la LMA, des associations de producteurs bio se structurent dans différentes laiteries (Lactalis, Le Gall, Triballat). Basée à Noyal Châtillon sur Seiche (Ferme de Prés Verts à 4 associés), Bénédicte Clermont s’est investie dans l’association de producteurs bio Lactalis du bassin de Vitré (35). « Cela permet de dialoguer avec les responsables de la laiterie. Actuellement, la rémunération du prix bio est constituée du prix de base conventionnel plus une prime bio de saisonnalité et une prime exceptionnelle », détaille la productrice. Les 430 000 L livrés par la ferme à Lactalis ont été payés 440 € sur la dernière campagne.
L’association planche actuellement sur les contrats proposés aux producteurs. « Nous avons demandé un délai jusqu’au 31 mars 2012. » Au niveau national, la Fnab élabore actuellement un préambule aux contrats bio, visant à prendre en compte le service environnemental, les coûts plus importants...
La transformation à la ferme (10 % du lait bio français) et la vente directe (10 %) sont d’autres stratégies développées par les producteurs. Sur la Ferme des Prés Verts, 20 000 L de lait cru par an sont commercialisés en direct, avec une valorisation à 760 €/1 000 L. Environ 6 000 L, vendus au même prix, sont orientés vers la restauration collective. Agnès Cussonneau
Photo : Bénédicte Clermont s’est investie dans l’association de producteurs bio Lactalis du bassin de Vitré. Elle commercialise également une partie de son lait en direct.