
John Brook, est citoyen britannique, mais a travaillé au sein de la filière française et connaît particulièrement bien les rouages de l’Union européenne. Depuis quelques années, il a rejoint la fédération américaine des exportateurs de viande. Sa mission : cerner les réalités et les opportunités des marchés concernés pour le porc, la viande bovine et ovine), faire du lobbying pour les exportateurs américains, et observer le comportement des acteurs politiques et économique de ce côté de l’Atlantique.
Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il n’est pas tendre avec la vieille Europe dont il comprend difficilement les idées développées autour du bien-être animal, la réticence à utiliser certaines substances de croissance des animaux, les OGM. Il est persuadé que cette attitude va priver l’Europe de certains marchés, faute de compétitivité. « Le principe de précaution poussé à l’extrême tue la production européenne et nuit au consommateur ». Il va même plus loin dans les conséquences. « Nous ne voyons pas le marché européen comme une cible, mais si vous ne changez pas votre façon de penser et d’agir, les choses pourraient évoluer ».
Moins de principes
Clairement, il sait que l’Europe a la capacité à s’auto suffire, mais à force de se mettre des boulets au pied, elle pourrait devenir plus accessible.
Aux États-Unis comme dans d’autres parties du monde, on se pose moins de questions. John Brook va jusqu’à dire « qu’il y a une obligation morale de produire plus ». Il justifie par les augmentations annoncées des populations et de la consommation. En porc, cela représenterait à l’horizon 2020 un besoin de + 22 % , soit 21 millions de tonnes supplémentaires. « Il faut faire mieux, utiliser les nouvelles technologies, créer de nouveaux produits ». Là encore, il affirme qu’avec le modèle actuellement développé en Europe, il ne sera pas possible de répondre à cette demande.
Évidemment, les américains s’y préparent. Et de toute évidence s’embarrassent de moins de principes que les Européens. Pragmatiques, ils sont prêts à utiliser tous les avantages liés à la science et à la recherche pour produire plus, gagner en compétitivité… « Ils font confiance à leurs administrations lorsqu’il faut utiliser telle ou telle substance ou une nouvelle technologie. Dès lors qu’ils ont leur aval, ils ne se posent plus de questions et avancent ». En Europe, et plus encore en France, souvent engluées dans des débats de société à ne plus en finir, c’est loin d’être le cas. Pierre Dénès