
Ni un renoncement, ni une mise à l’écart, c’est en toute sérénité et de son plein gré que Jean-Jacques Riou a décidé de mettre un terme à ses responsabilités à la présidence du MPB. Tout juste a-t-il reconnu qu’il avait sans doute « un peu moins de motivation que par le passé ». Mais aucune ambiguïté dans ses propos, il reste un défenseur inconditionnel de la structure MPB et de toutes les organisations qui gravitent autour, Uniporc, « le rappel à l’ordre permanent du poids, de la qualité, des porcs hors gamme, pif… », l’Union des groupements, « qui fédère les organisations d’éleveurs », le Comité régional porcin… Quant aux relations avec les représentants des abattoirs, avec humour, il les qualifie de « bonnes ». « Nous n’avons en réalité qu’un sujet de divergence, le prix ! ». C’est effectivement peu et beaucoup à la fois.
Le président ne doute surtout pas des vertus de la confrontation directe de l’offre et de la demande. « Bien que contesté, surtout par ceux qui ne connaissent pas son fonctionnement, ou d’autres qui verraient un intérêt à ce qu’il disparaisse, le MPB n’est ni dépassé, ni obsolète ». Il constate d’ailleurs que face au marché allemand, qualifié de directeur en Europe, ces dernières semaines, le prix au MPB est supérieur de 10 centimes. « Le cours n’est pas encore satisfaisant au regard de l’évolution des coûts de production. Mais, c’est un prix que les éleveurs n’auraient pas eu si le MPB n’existait pas ». Il invite les éleveurs qui ne participent pas à la cotation « à réfléchir et à faire réfléchir leurs responsables de groupements ».
Le respect des partenaires
Le contexte porcin reste effectivement tendu. L’équilibre coût de revient/prix du porc retrouvé sur 2009 et 2010 n’a pas permis aux éleveurs de refaire leur trésorerie. Et depuis quelques mois, ils sont de nouveau confrontés à la hausse du coût des matières premières et donc de l’aliment du bétail. Jean-Jacques Riou rappelle que, comparé au début 2010, avec un prix de base à 1,15 € et un aliment à 180 €/t, la situation est plus dégradée en 2011 avec un prix du porc à 1,40 € et un prix d’aliment supérieur à 260 €. « Il nous faudrait un prix de base entre 1,60 € et 1,70 € pendant de longs mois ».
Pour autant, il ne fustige pas les abattoirs, qui connaissent aussi des moments difficiles. Il les considère comme des partenaires, même si à l’occasion, il aimerait plus de solidarité dans la filière. Avec également une mise en garde pour ne pas céder à la tentation de se refaire sur le dos des éleveurs au travers d’une pression démesurée sur le prix. « J’ai du respect pour nos partenaires abatteurs qui travaillent comme nous et sont confrontés à de réelles difficultés sur les marchés, victimes eux aussi des distorsions de concurrence ».
Tout comme Michel Bloc’h, président de l’Union des groupements, il ne voit pas dans la contractualisation la solution à tous les maux. « On a besoin de retrouver de la compétitivité, rappelle le président de l’UGPVB. Et il ne faut pas se laisser endormir par des débats sur la contractualisation ou croire que l’on va indexer le prix de la viande sur le prix des céréales ». C’est dans cet esprit que la filière (producteurs et abatteurs) portent le dossier de l’harmonisation sociale et fiscale à Bruxelles.
Pierre Dénès
Photo :Jean-Jacques Riou, à gauche, passe le témoin du Marché du porc. Pendant 19 années, il a conduit aux destinées du MPB en tandem avec Jean-Pierre Joly, son directeur (à droite).
La production s’effrite
Depuis quelques mois, la filière constate un effritement sensible de la production. Effectivement plusieurs chiffres corroborent cette tendance : la baisse d’activité à Uniporc Ouest (-1,87 % d’abattage sur les 4 derniers mois), la baisse du cheptel truies que confirmerait la diminution sensible de consommation d’aliment truie (entre 3 et 6% selon les sources).
Des tendances qui ne manquent évidemment pas d’inquiéter tous les responsables, à tous les étages de la filière. Elles interpellent d’autant plus que se profilent l’échéance de la mise aux normes bien-être des truies (fin 2012). « Seulement 30 % des élevages français et 40 % au sein de l’Union européenne sont aux normes. Le calendrier est inaccessible compte tenu de la situation économique », estime Guillaume Roué, le président de l’interprofession, Inaporc. Il pointe du doigt les conséquences d’une application à la lettre de cette directive sur l’emploi.
Difficile donc d’afficher un optimisme sans réserve, car la production porcine n’oublie pas qu’elle n’a pas que des amis dans la société civile. Ceux que Jean-Jacques Riou fustige allègrement : « les omnibulés du millième de milligramme de nitrates ; les anti-tout qui n’aiment personne ». Au moment de cette passation de pouvoir, il invite les acteurs de la filière « à rester unis, soudés et solidaires pour défendre le métier ».