«Les crises ne sont pas un phénomène nouveau et l'on n'observe pas, à chaque fois, une chute du nombre d'exploitations », déclare Vincent Chatellier, économiste de l’Inra, lors du symposium, organisé le 10 mai par la société Merial. La crise de la vache folle est encore présente dans les esprits. « Ce n'est pas la sécheresse qui déboute les agriculteurs, mais plusieurs années de mauvaise gestion économique et technique ». Mais elle devrait tout de même favoriser la restructuration.
Un endettement limité
Olivier Perret, responsable outils et méthodes chez Cogedis, a analysé les comptes fournis par les exploitations de viande bovine de plus de 20 départements de l’Ouest. « Depuis 3 ans, la situation financière des éleveurs de bovins viande n'a cessé de se dégrader, l'excédent brut d'exploitation a ainsi perdu plus de 40 % », explique-t-il. Avec des prix en baisse et des charges en hausse, la rentabilité financière s’en ressent, et il s’attend à ce que les résultats de 2010 (rendus à la rentrée 2011) ne soient pas bons. Pourtant, il n’a « pas d'inquiétude sérieuse et concrète pour le lait et la viande bovine » par rapport à une éventuelle sécheresse en 2011. « Les trésoreries restent saines et l'endettement limité », explique-t-il (taux d'endettement de 42 % dont 13 % à court terme).
Vincent Chatellier met en avant la sélection des systèmes de production que va entraîner cette sécheresse. Entre les plutôt intensifs ou extensifs, quels seront les « mieux à même d’appréhender les futures crises », s'interroge-t-il, considérant que « cela va certainement orienter la production à l'avenir ». Michel Duru, chercheur Inra, estime que « les aléas seront plus fréquents et plus intenses. La production fourragère sera plus importante mais plus segmen-
tée », et les disparités fortes selon les régions et les saisons. Ainsi, l'herbe poussera plus au printemps, mais moins en été.
D'ici 2050, pas de manque de fourrages malgré les sécheresses
Le programme Climfourel, auquel participe l'Inra, liste les impacts du changement climatique sur la production fourragère d'ici à 2050 :
- une avancée des stades de croissance de l'herbe (environ 10 jours),
- une augmentation de la biomasse en plein printemps
(environ + 25 %),
- une période estivale de croissance nulle de l’herbe plus précoce et longue et moins de repousse d'automne.
Le programme conclut que l'adaptation des systèmes d'élevage est nécessaire mais doit aussi tenir compte des changements socio-économiques qui les affecteront à une échéance plus rapide.