
Le foncier reste un sujet sensible et parfois conflictuel. Deux récentes affaires ont défrayé la chronique et conduit la Confédération paysanne et plusieurs associations (Cedapa, Gab, Accueil paysan, agriculture paysanne, Civam…) à prendre position fermement. Dans les deux cas c’est la question de principe qui est mise en avant.
Dans une première affaire, sur Plessala, malgré un refus d’exploiter de la commission des structures, un agriculteur ayant l’accord du propriétaire a entrepris de travailler une parcelle de 3 ha. Un autre agriculteur, disposant d’une structure plus modeste a lui obtenu l’accord de la commission, mais pas celui du propriétaire. Situation de blocage donc puisque sans les deux sésames, la mise en valeur des terres n’est pas possible. C’est dans ce contexte que des militants des syndicats et associations se sont mobilisés pour demander à la DDTM de faire appliquer la loi. Celle-ci a informé le réfractaire des risques qu’il encourait (amendes, déchéance de droits…). Une réunion des différents protagonistes est envisagée.
Le secrétaire départemental de la Confédération paysanne, Jean-Marc Thomas, justifie la position par « le caractère prioritaire de l’un des candidats, et pour une plus juste répartition des moyens de production, et surtout du foncier ». Rappelant que le candidat défendu est « en agriculture biologique, peu consommatrice de foncier, et transmissible ».
Une réelle opportunité
Autre affaire foncière qui mobilise, une attribution Sbafer sur la région de Guingamp, avec plusieurs candidats dans la perspective d’une installation. Le bien à rétrocéder est constitué de bâtiments et de 12 ha de terres. Trois projets en concurrence : deux jeunes femmes souhaitant y développer une activité de production, de transformation et de vente directe de lait de brebis, un projet d’installation équin, et une jeune femme en projet d’installation avec ses parents. Producteurs de lait sur une exploitation de 95 ha avec un quota de 310 000 litres et un atelier de volailles de chair (1200 m2), ils argumentent sur le grignotage régulier de leur exploitation et la situation du siège actuel de l’élevage à proximité immédiate de la ville.
Les mêmes syndicats et associations se mobilisent pour le projet des deux jeunes femmes. « Le site est idéal, à proximité de Guingamp, pour une installation de ce type. Les deux jeunes femmes ont suivi une formation spécifique et ont un accord bancaire », souligne Thierry Thomas, porte-parole de la Confédération. Il en fait également une question de principe en réfutant les arguments de ceux qui prétendent qu’elles auront d’autres occasions. « Elles ont un vrai projet, ont déjà essuyé plusieurs échecs, notamment liés au manque de bâtiments. Ici elles ont une réelle opportunité ». Il rajoute : « Il est temps que la patience change de camp ». Mettant ainsi en évidence que « trop souvent les projets portés hors-cadre familial ont du mal à se concrétiser ».
Cette démarche s’inscrit aussi dans leur volonté d’affirmer et défendre une agriculture diversifiée, de donner du monde agricole l’image d’une profession ouverte aux nouveaux projets. C’est dans ce sens qu’ils ont adressé une lettre ouverte aux administrateurs de la Sbafer-Bretagne pour tenter d’infléchir leur
décision.
D’après nos informations, le conseil d’administration aurait donné un avis favorable au projet porté par la jeune femme qui envisage de s’installer avec ses parents. Une décision qui demande cependant confirmation.
Pierre Dénès
Photo : Les représentants de la Confédération et des associations ont tenu à exprimer leur position sur la rétrocessions Sbafer à Grâces-Guingamp. Au premier plan les deux jeunes femmes porteuses du projet de production, de transformation et de vente directe de lait de brebis.