
C’est en mai 2008 que Ronan Guernion s’installe à Tonquédec, à la suite de ses parents sur une exploitation de 37 ha. Une référence laitière de 262 000 litres produite avec un troupeau mixte composé de 2/3 de race Normande et 1/3 Prim’Holstein. L’exploitation présente l’avantage d’être groupée, « ce qui favorise le pâturage ». La contrepartie, est qu’il s’agit majoritairement d’une terre lourde, hydromorphe et donc peu portante, « ce qui complique parfois la gestion », note le jeune éleveur. En période trop humide, il est amené à agrandir les paddocks pour limiter le piétinement.
Il n’en demeure pas moins dans un système très pâturant. L’assolement est constitué de 26 ha de pâture, 8 ha de maïs et depuis 2010 de 3 ha de mélanges céréaliers. La paille (40 tonnes) et une partie du foin sont achetées. La production d’herbe est sa priorité. « J’ai besoin de rendement, car ma surface est limitée, 37 ha pour 65 UGB (vaches + génisses), soit 42 ares par UGB et 35 ares par vaches, hors génisses ». Il évolue de fait avec un chargement assez élevé compte tenu de son système : 1,7 à 1,8 UGB/ha.
L’herbe attend les vaches
Lorsque c’est possible, les vaches vont au champ le jour et même la nuit. « L’hiver, je vais mettre le talon, et si c’est suffisamment portant, les vaches sortent ». D’ailleurs à partir de février, il effectue progressivement la transition alimentaire. « Le silo de maïs est en général fermé début mai, et ceci, sauf exception, jusqu’à la mi-septembre ».
Pour la gestion du pâturage, il fonctionne selon la méthode Cedapa, auquel il adhère depuis 2 ans, avec au démarrage de la saison des parcelles de réserve. « L’objectif est de constituer une réserve de 10 ares par vaches. J’attends que la hauteur de l’herbe soit à plus de 15 cm, contrôlée à l’herbomètre avant de faire entrer les vaches sur ces parcelles. Après je gère avec l’intervalle de pâturage. Il faut que ce soit l’herbe qui attende les vaches et non l’inverse ». Une fois le décalage fait, cela laisse le temps aux parcelles que l’on a rasées de repartir.
Concrètement au niveau du pâturage, l’hiver s’effectue sur 3 parcelles de 4 à 5 ha chacune. Dès que le sol est portant et que la pousse de l'herbe augmente, l’éleveur s’appuie sur des paddocks de 0,7 à 1,4 ha avec une gestion au fil avant. Lorsque la pousse de l'herbe est au maximum, soit en mai-juin (un peu plus tôt cette année), découpage des paddocks de plus d'1,2ha avec le fil arrière. Il travaille en fait avec 10 paddocks dont 4 qu'il redécoupe en deux. En pleine pousse, il tient 4 jours par paddock ; 5 sur ceux découpés. « Les vaches reviennent sur chaque paddock, tous les 42 jours avec une herbe comprise entre 15 et 17 cm ». Dès que l’écart entre chaque passage dépasse les 45 jours, il décide de débrayer une ou plusieurs parcelles. « Ce sont des parcelles qui sont alors fauchées, début juin. Elles reviendront dans le cycle de pâturage minimum 45 jours plus tard. Elles permettent de faire la jonction estivale ».
Le passage de la ration d’été à la ration hivernale se fait en fonction de la pousse de l’herbe sur un mois et ½. L’hiver, les vaches sont au libre service maïs avec du foin. Le correcteur azoté (3 kg de tourteau de colza) est distribué en salle de traite : 569 kg de concentré acheté par vache sur la campagne 2010/2011.
Assez autonome donc mais aussi économe en intrants. « Pas d’azote minéral en 2011 », note Ronan. Il utilise son fumier composté, 15 t/ha sur les parcelles fauchées l’année précédentes, et 28 m3 de lisier de vache par ha. « Si je n’ai pas assez de lisier, le compost est destiné aux parcelles qui n’ont pas eu de lisier. Chaque parcelle reçoit aussi un apport de sable coquillier tous les 4 ans ». Son désherbage maïs se limite à une ½ dose après pâture et 2/3 de doses entre deux maïs. Il envisage de tester le désherbage mécanique.
Des convictions à porter
Ce projet correspond également bien à sa philosophie d’une installation vivable permettant d’allier ses convictions, de bonnes conditions de vie et des résultats économiques (voir encadré en haut). Des résultats obtenus par ses performances et sa maîtrise des investissements. Au départ, il avait envisagé de construire un bâtiment neuf, mais il a au final préféré jouer la prudence en se limitant à une mise aux normes. Elle s’est concrétisée par la construction d’un BTS (Bassin tampon de sédimentation) et des massifs filtrants végétalisés (roseaux + eucalyptus). Un investissement de 45 000 €. « La crise laitière de 2009 m’a donné raison ».
Son métier, il le vit plutôt bien. « Depuis septembre, j’emploie une salariée un WE par mois pour me libérer. Je prends 3 semaines de vacances en fin d’été. C’est une période où il y a moins de vaches à traire, et je n’ai pas de moisson à effectuer ». Ce qui lui laisse aussi du temps pour militer dans des associations. Il fait notamment partie de l’association « Aman y Alla » qui a porté un projet de huit jeunes bretons autour des interdépendances agricoles Nord/Sud, et plus particulièrement entre la Bretagne et le Paraguay à travers l'exemple du soja. Pierre Dénès
Photo : Ronan Guernion a privilégié un projet correspondant bien à sa philosophie d’une installation vivable permettant d’allier ses convictions, de bonnes conditions de vie et des résultats économiques.
Quelques chiffres (exercice 2009/2010)
SAU : 37 ha dont 26 ha d’herbe, 8 ha de maïs et 3 ha de mélange céréaliers
Quota de 262 000 L avec un chargement de 1,85 UGB/ha
Production d’herbe autour de 8,2 T MS/ha /an.
Lait par ha de SFP : 8 263 L
Production par vache : 6 238 L à 45 de TB et 34,5
de TP
Coût fourrager :
26 euros / 1 000 L
Coût concentrés :
31 euros /1 000 L
Charge de mécanisation : 34 euros/1 000 L
EBE : 49 058 euros (41 % du produit total)
EBE /1 000 L : 188 euros
Quatre journées techniques du Cedapa,
à partir de 14h
Mercredi 18 mai : Une ferme transmissible chez Kathleen et Achille Talon à Trémargat en production et transformation de lait de chèvres sur 25 ha. Les enfants se préparent à reprendre. Conduite des chèvres au pâturage, SFEI.
Jeudi 19 mai : L’herbe en baie de Saint Brieuc chez Christelle et Fabrice Charles à Quessoy (BV algues vertes) : 350 000 L de lait sur 52 ha avec une surface accessible limitante. Ils ont augmenté le pâturage et avancé vers l’autonomie.
Vendredi 20 mai : Avec l’herbe, les fermes familiales chez Ronan Guernion à Tonquédec. 262 000 L de lait sur 37 ha avec l’objectif d’autonomie et une maîtrise des coûts de l’installation, une mise aux normes avec BTS et massifs végétalisés, lait yogourt aux veaux.
Mardi 24 mai : Un système herbager chez Christophe Carro à Saint Gouéno pour 45 ha de SAU dont 27 ha d’herbe, 9 ha de maïs et 7 ha de céréales pour 235 000 L de quota. Equilibre maïs – herbe, MAE phytos.
Itinéraires fléchés à partir du bourg. Pour plus d’information : Cedapa – Tel : 02 96 74 75 50