
Deux voies cohabitent dans la recherche d’économies d’énergie en culture sous serre. D’un côté, des sources d’énergies alternatives au gaz et au fuel peuvent être intéressantes : bois, électricité, recyclage de chaleur issue d’autres activités... D’un autre côté, des équipements s’adaptant à différentes énergies peuvent permettre de réduire la facture. C’est l’orientation prise au Caté, la station expérimentale légumière et horticole du Nord Bretagne.
Lors de l’assemblée générale qui s’est tenue le 27 avril, les derniers résultats obtenus sur la technique de déshumidification, testée depuis trois ans, ont été présentés. « Une bonne part de l’énergie consommée sous abri sert à faire baisser l’hygrométrie excessive. Même si elle consomme un peu d’électricité, la déshumidification permet d’économiser 25 à 30 % d’énergie en tomate », situe Alain Guillou, responsable de l'expérimentation sous serre au Caté.
Distribution d’air sans gaine
« Nous travaillons actuellement sur son adaptation dans les serres en production. Quand la distribution d’air est effectuée avec des gaines, le coût de l’installation est assez élevé. Nous testons actuellement une plus petite unité de déshumidification, sans gaine, avec distribution de l’air en vrac ». Quelle que soit la technique de distribution de l’air, la déshumidification permet une utilisation plus intensive des écrans thermiques.
La ventilation double flux, qui permet des échanges thermiques avec l’air arrivant de l’extérieur, est une autre technique testée, qui présente un coût de fonctionnement limité. Alain Guillou ajoute une autre voie expérimentée : « Dans les serres hautes, la température est plus élevée dans la partie supérieure. La ventilation verticale permet d’homogénéiser le climat, avec là encore des gains d’énergie ».
Protection biologique en pépinière d’extérieur et choux
Depuis longtemps également, l’optimisation des intrants est un axe fort au Caté. Un premier essai de PBI (protection biologique intégrée) a été mené en pépinière ornementale d’extérieur (arbustes hors-sol). « Une fois les cultures sorties à l’extérieur, les auxiliaires naturels ont joué un rôle de régulation, contre les pucerons notamment. Les traitements ont été 13 fois moins importants », précise Laurent Mary du Caté. Les haies diversifiées, les plantes-
relais, les bandes fleuries jouent un rôle favorable dans le maintien de la microfaune auxiliaire
naturelle. Cette dernière est par ailleurs altérée par des traitements insecticides à large spectre généralisés.
Les insectes auxiliaires sont aussi regardés de près pour lutter contre la très problématique mouche du chou. « Ses larves peuvent détruire la totalité d’une parcelle », souligne Damien Penguilly, spécialiste des choux au Caté. La station participe à un programme national sur trois ans (de 2009 à 2011), visant à évaluer l’incidence des éléments paysagers. Les résultats sont pour l’instant mitigés. « Les talus, le bocage... favorisent certes les auxiliaires, mais aussi parfois la mouche du chou. » En semences traitées, des perspectives intéressantes existent pour le remplacement de
Gigant : Pyristar, contenant la même matière active, et Mundial, homologué dans plusieurs pays européens. Agnès Cussonneau
Photo : De gauche à droite : Mikaël Mercier (vice-président du Caté), Michel Le Roux (directeur), Jean-Denis Crenn (président), et Thierry Merret (vice-président).
Sylvie Brunel : "soutenir et aider les agriculteurs"
« L’agriculture écologiquement intensive n’est pas une nouveauté au Caté qui s’inscrit depuis toujours dans ce cadre », précise le président Jean-Denis Crenn. Concilier la performance en production avec une agriculture durable est également l’orientation défendue par Sylvie Brunel (géographe, économiste et écrivain), invitée à l’assemblée générale. Pendant 17 ans dans l’humanitaire, elle a été confrontée aux problèmes alimentaires et de faim dans le monde. « Les progrès réalisés par les agriculteurs français, nous permettent aujourd’hui l’accès à une alimentation saine, régulière et diversifiée. Mais le grand public n’en est pas conscient », constate-t-elle.
« Aujourd’hui, les agriculteurs sont sans cesse remis en cause. Certains jettent l’éponge. C’est injuste et surtout, c’est un mauvais calcul de la part des pouvoirs publics et de la société française. Se priver des agriculteurs pourrait entraîner des fluctuations très importantes de prix. Les meilleurs alliés de la nature, ce sont eux ». Elle conseille aux producteurs d’informer encore davantage l’opinion publique et « de parler d’une seule voix ».