
Sur cette exploitation de Ploeren, la ration d’hiver, c’est normalement à partir de fin juin. En 2011, si le temps sec persiste, le régime d’hiver commencera dans une semaine. « La mise à l’herbe démarre tôt en saison, mais elle s’arrête également aux premiers jours de l’été », commente Pascal Lelan, éleveur d’une cinquantaine de Normandes à la lisière de Vannes. « Mais cette année, j’ai l’impression que nous allons essuyer deux années exceptionnelles successives. Heureusement que j’ai du stock de maïs. »
La ligne rouge avec 15 kg de betteraves
Avec une ration type hiver 8 à 9 mois sur 12 et du maïs toute l’année, autant dire que l’acidose est une pathologie à suivre de près sur cet élevage. « Actuellement, je distribue une ration mélangée à base de maïs et 1,2 kg de paille. Pour l’hiver prochain, l’objectif est de parvenir à 3 kg de fibres en y incorporant du foin de luzerne réalisé sur l’exploitation. » La paille descendrait ainsi à 800-900 g/VL ; une baisse compensée par 1,5 kg de luzerne pour ne pas déconcentrer la ration.
En hiver, 10 kg de betteraves sont ajoutés en mélange à ces fourrages de base. « Compte tenu de l’excellent rendement de 2010 (94 tonnes brut/ha, soit 16 t/ha à 17 % de MS), j’ai poussé jusqu’à 15 kg/VL. » Suffisamment pour franchir la ligne rouge de l’acidose. Avec son corollaire de boiteries apparues en cascade sur le troupeau.
« Du coup, je suis redescendu à 10 kg en ajoutant un peu plus de paille », explique l’éleveur. Pour sécuriser la ration, il a ajouté une spécialité Rumizool®, élaborée par les établissements Chauveau-CTH. « Le produit sous forme de poudre est incorporé dans la mélangeuse à raison de 150-200 g par vache », indique P. Lelan qui chiffre à 15-20 ct/VL le coût de cette supplémentation dotée d’un pouvoir tampon au long cours, doublé de vertus digestives de la cellulose et de l’amidon (levures).
Double effet
« Cette supplémentation cible deux actions : chimique, en cherchant à maintenir un pH constant tout au long de la journée contrairement à une substance tampon classique (bicarbonate) qui a un effet rapide mais bref ; mécanique, en cherchant à valoriser au mieux la cellulose au travers de la rumination qui est activée lorsque que le contenu de la panse est moins acide », explique François Travert, technico-commercial.
Sur cet élevage, la révision de la composition de la ration, combinée à cette supplémentation, a visiblement porté ses effets sur les problèmes récurrents de boiterie. « Ça a été net », assure l’éleveur qui, en complément, a également testé le badigeonnage des pieds atteints de dermatite et autres affections avec du Pédi Guard®. « J’interviens lorsque les vaches sont couchées en logettes. Au pinceau, je badigeonne l’ensemble du pied jusqu’à la couronne en insistant bien sur l’espace interdigité. » Petite contrainte de cette pratique : pour être efficace sur fortes lésions (ex. : cerise), le gel désinfectant, anesthésiant et cicatrisant doit être appliqué deux fois par jour pendant 10 jours.
À l’avenir, cet éleveur morbihannais envisage de globaliser son approche de l’acidité de la ration en relevant le pH de l’eau de boisson. « L’eau du forage est à 5,9 de pH. L’objectif serait d’atteindre 6,5-7 pour maintenir un pH du rumen entre 6,2 et 6,5 sur 24 heures. » Didier Le Du
Photo : François Travert, technico-commercial, et Pascal Lelan, éleveur.
Indice de fibrosité
Au-delà d’une approche globale de la fibrosité de la ration, les techniciens de cette entreprise de nutrition animale préconisent des supplémentations à action longue adaptées à l’indice de fibrosité de la ration ; associées le cas échéant à une neutralisation de l’eau. À titre d’exemple, des levures pourront être proposées pour valoriser l’amidon et la cellulose des fourrages ; du soufre pourra venir en renfort de la flore ; des argiles pourront venir à la rescousse du complexe ionique de la panse, etc.
Des capteurs de mycotoxines seront éventuellement ajoutés aux rations de maïs ensilé sans conservateur. « Pour ma part, je n’en ai pas besoin », explique Pascal Lelan qui traite l’ensemble de sa récolte grâce par diffuseur dont est équipée l’ensileuse de l’entreprise. « Il faut compter 3 €/tonne brute. À la clé, il n’y a pas de moisissures, pas de pertes au tas. Le maïs chauffe nettement moins en été ».
Lorsque la ration est composée de plus de 50 % d’herbe, des capteurs d’ammoniac peuvent être incorporés à la supplémentation. « Sans oublier que l’herbe est également acidogène », précise François Travert.