
L’agriculture reste-t-elle est investissement public majeur ? « Oui, pour Dacian Ciolos », répond Amélie Chauvelle, chargée des relations avec les parlementaires européens à l’APCA (Chambres d’agriculture). « Mais il y a des commissaires qui ont probablement plus de poids dans les décisions, comme celui du commerce, par exemple ». Et d’autres qui lorgnent sur un budget dont ils aimeraient croquer une partie. Les difficultés actuelles de certains États membres n’arrangent rien avant les échéances budgétaires de fin 2011. Alors, en baisse de 15 % ? « Il y a une nécessité de trouver de nouvelles ressources pour financer les politiques qui se mettront en place ». Une taxe carbone est envisagée, tout comme une taxation des transactions financières, mesures défendues par plusieurs parlementaires européens.
Verte Pac
Disposer d’un budget consolidé permettrait, comme le souhaitent les élus de la Chambre d’agriculture, de faire face à la concurrence des pays tiers, de donner de la lisibilité et de la sécurité économique aux acteurs des différentes filières et de répondre aux attentes de la société. Parmi ces attentes, le verdissement de l’agriculture n’est pas la moindre. « Nous demandons des aides vertes en contrepartie du respect de 2 à 3 mesures environnementales simples, généralisables dans chaque État membre : des bandes enherbées, des couverts végétaux, une gestion des surfaces en herbe… », précise Frank Pellerin, élu Chambre. Mesures jugées insuffisantes par Jean-Louis Le Normand, de la Confédération Paysanne. « Il faut aller plus loin pour prétendre à bénéficier d’aides publiques ». Pas évident cependant. Ces pratiques simples deviennent la norme en Bretagne. Elles constituent une progression pour d’autres pays moins avancés en matière environnementale. « La conditionnalité, renforcée par le Grenelle, est élevée en France. Il faudrait, dans un premier temps, évaluer les pratiques dans les autres États membres », indique Amélie Chauvelle.
Cumul des céréaliers
L’équité des aides fait débat, à une période où les céréaliers cumulent prix et subventions européennes. « Scandaleux », juge Gilles Tomazo. « Dangereux pour les productions animales bretonnes. Il faut revoir la répartition des aides avant que la « végétalisation » de la région ne soit à l’ordre du jour ». Nicolas Chesnin, des JA, y voit un autre danger. « Il en va de l’acceptation sociétale de la PAC ». Laurent Kerlir rappelle la priorité. « Il faut, dans un premier temps, assurer le budget. Ensuite seulement, nous pourrons envisager un plafonnement et une nouvelle répartition des aides ».
Le président de la FDSEA souhaite que la profession soit en capacité de s’organiser et de mettre en place des fonds professionnels de mutualisation. « Le droit de créer des organisations de producteurs produisant jusqu’à 3,5 % de la production laitière de l’Union est un début. Il faut aller plus loin en créant des associations d’organisations de producteurs, et ce, dans toutes les productions ». La Chambre d’agriculture défend le maintien, voire le renforcement de la régulation publique des marchés afin d’aider les filières agricoles à faire face aux différents facteurs d’instabilité : libéralisation des marchés, volatilité des prix, fluctuations monétaires. Elle souhaite également le maintien d’une réelle préférence communautaire pour moins subir les distorsions de concurrence des autres bassins de production mondiaux.
Bernard Laurent
Photo : Amélie Chauvelle, au premier plan, est intervenue lors de la session de la Chambre d’agriculture.
priorité à la stratégie Europe 2020
La stratégie « Europe 2020 » vient remplacer la précédente Stratégie de Lisbonne qui devait faire de l’Union « l’économie de connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde » en dix ans, mais dont le bilan final est, pour le moins, limité. La crise financière et la récession économique ont dévoilé les faiblesses structurelles de l’Europe. En tirant les leçons de la crise, Europe 2020 présente une réponse aux défis des dix prochaines années, dont les principaux sont la mondialisation, la raréfaction des ressources et le vieillissement de la population. La stratégie vise à coordonner les politiques économiques des États de l'Union Européenne. Elle veut concilier l'amélioration des indicateurs de développement durable en matière de croissance, d'emploi et de protection de l'environnement tout en augmentant la compétitivité de l'Europe au niveau mondial.