
Si l’activité des 4 000 entreprises régionales de la filière bois génère plus de 20 000 emplois et 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires, ce dynamisme de marché n’a pas pleinement profité à la forêt bretonne. Plusieurs raisons expliquent ce constat favorable aux importations en provenance d’autres régions françaises ou européennes. Ainsi, les filières se sont organisées autour du commerce international tandis que les ressources locales ne sont pas valorisées de façon optimale. Les professionnels de filière forêt-bois bretonne entendent y remédier afin de mieux valoriser le bois issu des forêts bretonnes en intègrant les propriétaires, détenteurs de la ressource. C’est dans cette logique qu’étaient organisées, le 15 avril, à Saint Brieuc, les Assises de la forêt bretonne. Privée à plus de 90 %, la forêt bretonne couvre 357 000 ha et est partagée par 117 000 propriétaires. Ces derniers « sont devenus des producteurs, précise Michel Hamont, président d’Abibois (interprofession du bois en Bretagne). Nous entendons les conforter dans cette démarche. » Car à l’heure actuelle, la rupture entre les exigences de l’aval et la qualité et disponibilité de l’offre locale est un frein. Et pour le lever, la mobilisation de producteurs sensibilisés aux enjeux économiques sociaux et environnementaux est un préalable.
Certification et contractualisation
La certification était sur toutes les lèvres pendant cette journée de rencontre. 22 % de la forêt bretonne est certifiée (contre 38 % au niveau national). « C’est une demande des consommateurs », se sont accordés à dire les intervenants de la table ronde. « La question n’est plus de savoir si l’on veut être certifié ou non, mais plutôt de savoir si l’on veut vendre son produit », insistait même Michel Hamon. Par exemple, pour répondre aux appels d’offres publiques, il y a désormais l’obligation de proposer un produit certifié durable. Le bois ne peut être un matériau renouvelable, que si la ressource est gérée de manière durable, et c’est aussi une difficulté de mettre en harmonie le cycle du marché et de la production, qui est un cycle rapide, avec celui de la forêt. Pour que les producteurs appréhendent du mieux possible le décalage, les responsables de la filière militent également pour qu’ils maîtrisent la commercialisation, avec des contrats d’approvisionnement qui vont sécuriser et fluidifier les relations
commerciales entre producteurs et transformateurs, ou avec des ventes
organisées. Organiser un système cohérent et qui valorisera du mieux possible la ressource nécessitera « de placer le bois breton, là où il peut l’être. » Par exemple, pour la charpente d’un bâtiment, utiliser du bois local s’avère vite impossible, « mais avec une structure en béton, il sera possible de l’utiliser pour tout le reste de la construction », illustre Thierry Soquet, architecte. « Utiliser des arbres entiers dans les chaudières est dangereux », poursuit-il. Michel Pedron, animateur d’Aile, confirme « la plaquette doit être le dernier usage » pour valoriser ce qui n’aura pas pu l’être par d’autres transformations. En plus de l’optimisation de la valorisation de la ressource, de l’amélioration de la qualité de la production, les responsables s’accordent d’autres motifs d’espoirs de voir les producteurs s’investir un peu plus. Par exemple, des aides communautaires pourraient voir le jour via une approche du rôle environnemental de la forêt, notamment vis-à-vis de la problématique des gaz à effets de serre.
Ronan Lombard
Photo : La diversification de la production vers les produits de bois construction ouvre des perspectives.
La forêt bretonne
La surface de 357 000 ha connaît une progression constante d’1 % par an. La forêt bretonne est constituée de feuillus à 70 %. Pourtant, le dynamisme de l’activité d’exploitation porte essentiellement sur les résineux. Au niveau de la transformation, l’activité d’emballage (palettes et cagettes) est particulièrement dynamique. Elle bénéficie d’un savoir-faire historique et d’une demande conséquente sur la région. La volonté de diversifier la production vers les produits de bois construction est visible chez les acteurs de la filière et le débouché offre de belles perspectives. La maison bois représente 11 % du marché et progresse de 15 % par an.