
C'est une mesure qui, visiblement, n'était pas attendue des professionnels. « La circulaire du 16 mars, qui met fin au dispositif d'aides mis en place en 2008, est une réelle surprise pour la filière, s'alerte Christophe Rousse, président de Solarenn et administrateur à Légumes de France au sein de la commission "Serres énergie". Les années précédentes, le gouvernement allouait environ 9 millions d'euros par an à la filière, pour des modernisations et pour aider les installations en serres à hauteur de 20 – 25 %. Or, cette année, au 16 mars, on nous a indiqué que ces aides s'arrêtaient. L'enveloppe 2011, déjà très allégée, aura donc été épuisée en trois mois ! » Raison invoquée à ce coup d'arrêt, dans la circulaire : « l'épuisement des crédits d'aide aux investissements dans les serres, inscrits à l'état prévisionnel des recettes et dépenses 2011 de FranceAgriMer. »
Deux poids deux mesures
Difficile d'estimer, à l'heure actuelle, le nombre de dossiers bloqués en France et en Bretagne, sachant que ceux déposés avant le 16 seront instruits. Mais si les professionnels s'estiment lésés, c'est aussi parce que, chez les concurrents, on a été plus généreux. « Le gouvernement espagnol vient de mettre les moyens –190 millions d'euros pour trois ans – pour que soit renouvelé son parc de serres. Il y a vraiment deux poids deux mesures », déplore Phlippe Daré, président de Savéol. Dans le Finistère, des lettres ont été envoyées aux députés et sénateurs afin d'alerter sur le sujet. « En parallèle, ajoute Christophe Rousse, la France vient de signer des accords bilatéraux avec le Maroc, lui permettant d'importer 40 à 50 000 tonnes de tomates. C'est vertigineux. On dirait que le Gouvernement veut nous enfoncer encore plus. »
Pour le professionnel, la mesure gouvernementale tombe d'autant plus mal que les serristes, après trois exercices difficiles, s'apprêtaient à investir plus sereinement cette année. « Les professionnels étaient dans les starkings block. D'après nos estimations, nous avions chiffré le volume d'aide nécessaire au plan nation à 20 – 25 millions, indique Christophe Rousse. Jusqu'à présent, le dispositif d'aides permettait de rénover environ 12 ha de serres par an (soit 1 % du parc français) et d'en installer une douzaine de neuves. C'était déjà peu. »
En attente de neuf
Pour l'heure, la fédération Légumes de France a réagi en adressant, dès le 17 mars, un courrier au ministre de l'agriculture Bruno Le Maire. Le ton y est ferme. « Nous vous demandons d’assumer une politique volontaire et ambitieuse de soutien. À défaut, vous devrez mettre en place un plan de cessation d’activité d’un secteur de production qui représente aujourd’hui plus de 30 000 emplois directs sur 7 000 ha de serres », signe ainsi Angélique Delahaye, présidente. La démarche devrait être suivie, en juin, d'une nouvelle circulaire. Mais le fou persiste en terme de contenu : un montant supplémentaire sera-t-il accordé et des critères d'attribution instaurés ? Les professionnels n'en savent rien. Du côté des chambres d'agriculture, on insiste en tout cas pour que les producteurs ayant un projet déposent tout de même un dossier. Ce, afin de pouvoir recenser les intentions et les transmettre au national. À noter, enfin, que certaines aides demeurent : par exemple, pour les serres construites avant 2005, les aides pour les écrans thermiques émanent du Plan végétal pour l'environnement (PVE) restent valables. Anne-Laure Lussou
Photo : Jusqu'à présent, le dispositif d'aides gouvernementales permettait de rénover environ 12 ha de serres par an (soit 1 % du parc national) et d'en installer une douzaine de neuves.