
« On observe aucune embellie sur le marché alors que 2 millions de poules sont en arrêt pour cause de travaux de mise aux normes dans les poulaillers », déclare Jean Quennemet, président d'Armor Œufs, à l'AG du groupement. Dans un marché excédentaire par rapport aux besoins, les éleveurs n'ont pas tous la même approche par rapport à cette mise aux normes.
Un parc renouvelé
Certains, à quelques années de la retraite, ont décidé d'arrêter, ils doivent mettre au rebus des équipements de cages à peine amortis et encore aptes à produire pendant une décennie. « Ces fins de carrières (2 à 3 ans maxi) n'ont pas été prises en compte par les responsables nationaux et européens. Ils n'ont prévu aucun plan de cessation d'activité. »
De l'autre côté, de jeunes éleveurs, motivés par la bonne conjoncture de 2009, se sont lancés dans des investissements considérables, en dépassant parfois 100 000 poules par bâtiment, loin des standards habituels. « En moins de 5 ans, la filière œufs en cage est en train de renouveler son outil de production, à marche forcée, dans un contexte de crise, » souligne le président. « Tout le parc sera en amortissement en 2012 avec une nette hausse des prix de revient.
Les prix de vente devront être au même niveau pour équilibrer les comptes. » La surproduction européenne est évaluée à près de 10 % des volumes, ce qui correspond à 30 millions de poules en trop. L'abattage anticipé des poules pondeuses a été le seul moyen de gérer cette crise. La baisse des mises en place de poulettes doit générer une baisse de la production d'œufs d'ici juin 2011, avec l'espoir d'une remontée des cours.
Pas de report de date
« Au niveau européen, le dossier de mise aux normes est relativement flou, car 11 pays sur 27 n'ont pas communiqué l'état d'avancement des dossiers, » déclare François Saint Lager, de Breizh Europe. Des difficultés supplémentaires pourraient apparaître, au 1er janvier prochain, avec les distorsions de concurrence entre les éleveurs qui ont réalisé les travaux et les autres. Alors que l'Europe serait en situation de déficit d'œufs produits dans les nouvelles cages par rapport à ses besoins. « Il n'y aura pas de report de dates, » pense François Saint Lager. Au mieux des mesures transitoires, durant quelques mois tout au plus, avec le risque d'avoir, après le 1er janvier 2012, des entrées en France, d'œufs produits à l'étranger dans des poulaillers non conformes, notamment pour les œufs destinés à l'industrie. « Il faut être intransigeant sur les mises aux normes, même si c'est à chaque Etat membre que revient le devoir de superviser les contrôles. »
Marché porteur mais chahuté
« Le marché de l'œuf est porteur (+ 2 % en GMS), mais c'est l'oeuf alternatif qui progresse (+ 10 %), alors que la consommation d'œufs en cage régresse légèrement, » explique Olivier Athi-mon, responsable de la filière chez Glon. Le volume produit en cage reste largement majoritaire avec globalement 75 % de la production. L'œuf bio est un créneau porteur. Par contre, l'œuf volière n'a pas trouvé son marché en France (1 à 2 %). « Du côté de l'œuf coquille, le marché est de plus en plus difficile avec des engagements à court terme de la part des acheteurs. » À côté des 4 grands intervenants du marché (Matines, Appro, Ovalis, ODV), de nouveaux opérateurs apparaissent, ils représentent 10 % du marché GMS. En ovoproduits, la concurrence étrangère est vive sur les produits basiques avec des prix toujours plus bas. « Nous devons aller vers des produits techniques plus différenciants, » poursuit Olivier Athimon. En restauration hors domicile, les ovoproduits se développent aussi, en frais pour la sandwicherie, mais aussi sous forme d'œufs brouillés ou durs, d'omelettes, de mix secs pour les pâtes à crêpe ou à chou. « Sur un marché concurrentiel, notre objectif est d'être au plus près de la production, pour rester compétitif. » Patrick Bégos
Peu de pays aux normes
A l'échelle de l'Europe, la situation est loin d'être claire dans l'avancement de la mise aux normes. L'Allemagne a réalisé la totalité des travaux depuis début 2010, en choisissant la production au sol, dans 7 élevages sur 10. Aux Pays-Bas, 10 à 15 % des éleveurs ne seraient pas prêts, ils sont confrontés à des difficultés administratives (installations classées). L'Espagne, l'Italie et le Royaume-Uni ont des difficultés pour être aux normes au 1er janvier prochain. La Pologne a également beaucoup de retard.
Photo : Les cages en place au 1er janvier 2012 auront toutes été renouvelées, ce qui entraîne une hausse sensible du prix de revient de l'œuf.