
Coup de semonce des élus professionnels pour exprimer un réel mécontentement face à ce qu’ils appellent « une reprise en main des plans d’action sur les BV expérimentaux algues vertes par la machine administrative ». L’agacement ne conduit pas encore au désengagement, mais ils n’entendent pas non plus jouer les faire-valoir de l’État pour ajouter une couche réglementaire de plus.
Cartes brouillées
Clairement depuis le départ, la profession agricole costarmoricaine s’est inscrite dans une démarche de projets en voulant mettre en œuvre des programmes d’action adaptés aux spécificités des territoires concernés. Un projet herbager sur la Lieue de Grève correspondant aux réalités des exploitations à dominante laitière et bovine du secteur ; un projet agro-énergétique pour le BV de la baie de Saint-Brieuc, beaucoup plus étendu et comportant une grande diversité de ses productions. L’avis du comité scientifique a considérablement brouillé les cartes et sérieusement remis en cause le projet de la baie de Saint Brieuc. Au point que les professionnels y voient derrière « une bonne volonté politique de façade, le travail plus obscur de la machine administrative sur fond d’écologie ». Déjà lors de la dernière session de la Chambre d’agriculture, Philippe Prigent, l’un des responsables du comité professionnel du BV de la Lieue de Grève avait vertement critiqué la tournure du dossier, en rappelant que les agriculteurs sur le terrain s’étaient engagés sur la foi des engagements de l’État. Mais avaient l’impression que l’accompagnement allait pour l’essentiel se résumer à des diagnostics, des études et … de la paperasse. « Alors que les agriculteurs s’ils doivent faire évoluer leur système ont besoin d’accompagnements financiers forts sur du concret».
Prêts à dialoguer
Aujourd’hui, la crainte professionnelle est véritablement d’aller vers encore un peu plus de réglementaire au travers des Zones soumises à contraintes environnementales (ZSCE). « Un cadre tellement rigide qu’il devient rapidement inapplicable et surtout casse la dynamique de projets sur la durée », explique Danielle Even, secrétaire général de la Chambre d’agriculture. Car dans le cadre des ZSCE, les délais de mise en œuvre sont ramenés à 1 an et conduisent de nouveau à mettre en avant la logique de moyens avant celle d’objectifs et de résultats. « Ce que nous refusons totalement ». Les élus ne ferment pas la porte à la discussion, mais dénonce cette entreprise qui consiste à dénaturer des projets qui ont été discutés au plus près du terrain, entre les élus des collectivités concernées, les représentants des associations, la profession. Jean-Jacques René, membre de la commission locale de l’eau (Cle) de Saint-Brieuc rappelle que « sur les 55 membres de la Cle, seulement 3 sont des représentants de la profession agricole ». D’où cette impression de gâchis, lorsqu’un projet mûrement réfléchi, débattu point par point, se heurte à l’avis d’un Comité scientifique dont « certains ne connaissent pas grand-chose à la réalité agricole ». « Les politiques locaux nous écoutent, mais dès lors que l’on arrive à la phase d’application, nos projets sont dévoyés », note Yves-Marie Beaudet, président de la section œuf de l’Union des Groupements et de CAP Bretagne. Au-delà la colère, les professionnels se disent prêts à renouer le dialogue, qui n’a d’ailleurs pas été réellement rompu. Mais ils veulent pouvoir retourner sur le terrain avec du concret. Le temps presse, car dans quelques mois, en se rapprochant d’échéances électorales importantes, la prudence sera de nouveau de mise. Et ils savent, par expérience, que les décisions sont plus difficiles à arracher et pour ménager les susceptibilités, il devient souvent urgent d’attendre.
Pierre Dénès
Photo : Jean-Jacques René, Yves-Marie Beaudet, Philippe Prigent, et Danielle Even