
Invités à témoigner lors d’une commission technique du GDS, plusieurs éleveurs ont fait part des solutions qui leur ont permis de régler ou de limiter les problèmes de boiteries sur leur élevage. Pour Laurent Gaudin, à Allaire, la fusion de son troupeau avec celui de son associé, il y a un an, n’avait pas posé de problème particulier. L’installation, en octobre 2010, dans un nouveau bâtiment s’est, par contre, révélé problématique. « Habituées à l’aire paillée, les vaches des deux troupeaux (normand et holstein) ont boudé les logettes ». Confinées à l’intérieur pendant l’hiver, et trop souvent debout les pieds dans l’humidité, les animaux ont vite souffert de boiteries. « Surtout les normandes. Probablement en raison de leur poids plus élevé ». Une trentaine de vaches atteintes sur un troupeau de soixante laitières. « Nous avons enregistré une baisse de production laitière de 20 % et deux pertes d’animaux ». En cause : la maladie infectieuse de Mortellaro et de nombreuses fourbures (inflammations). « Les cerises étaient nombreuses. Le pareur n’avait jamais vu ça ».
Du vinaigre sur béton neuf
Le sol en béton n’avait pas été neutralisé avant l’introduction des animaux. « En cas de construction ou de rénovation, un lait de chaux affleure sur la dalle neuve », indique Philippe Ninet, vétérinaire au GDS. « La chaux est très agressive pour les pieds. Il faut épandre une solution vinaigrée pour abaisser le Ph ». Un litre de vinaigre mélangé à 9 litres d’eau suffisent. 50 litres de ce mélange, répandus à l’arrosoir, neutralisent 100 m2 de sol en béton. « Il faut répéter l’opération après d’éventuels travaux de rainurage ». Chez Laurent Gaudin, des pédiluves ont été installés et les talonnettes soulagent désormais nombre de laitières. « La sortie à l’herbe a limité le problème, même si on le traîne toujours. Les vaches se sont habituées aux logettes paillées mais le mal est fait », se désole l’éleveur qui a commandé des tapis pour équiper les logettes, avant d’en installer dans les couloirs. Un investissement important, qui n’était pas prévu lors de l’association.
Caillebotis sous les bacs d’eau
Hervé Radenac, éleveur à Calan, a installé des matelas dans les
logettes en 2009. « J’ai vu une nette amélioration au niveau des aplombs et des jarrets. La rapidité de fréquentation est plus importante et les animaux glissent moins quand ils se lèvent ». Les matelas sont paillés pour éviter l’humidité. Au champ, il a installé des caillebotis sous les bacs à eau. « Les vaches peuvent y poser leurs 4 pattes. Il n’y a plus de bourbier ». Ivane Leperlier, vétérinaire du GDS insiste sur la nécessité de couvrir l’arrête arrière de la logette et de faire des parages préventifs réguliers si les couloirs d’exercice sont équipés de tapis. Les abords du bâtiment et les chemins sont des facteurs de risque. Chacun a sa solution : sable, béton, voire plaquettes de bois. « L’essentiel est de permettre l’écoulement de l’eau ».
L’alimentation peut entraîner les boiteries. Les déséquilibres énergie-protéines ou le manque de fibres conduisent à l’acidose. Les troupeaux mixtes sont notamment plus exposés, la conduite alimentaire correspondant mieux à l’une ou l’autre des deux races. La génétique a son influence, certaines races ou lignées semblant plus sujettes aux boiteries. L’introduction d’animaux est un facteur de risque. Les maladies infectieuses (Mortellaro) peuvent être importées lors d’achats.
Bernard Laurent
Photo : Ivane Le Perlier, vétérinaire, en commission technique du GDS, mardi dernier, à Vannes. L’objectif est de proposer aux éleveurs des moyens de maîtriser les boiteries.