
« Il faut semer tôt pour profiter de la pousse d’automne et de l’apport d’effluents d’élevage », indique Céline Bruzeau, agronome à la Chambre d’agriculture de Pontivy. Fin août, début septembre, au plus tard, pour que la levée rapide du colza étouffe les mauvaises herbes et évite le recours à l’herbicide. Le semis à grand écartement, renforcé par une variété couvrant bien le sol, permet, grâce au binage, d’atteindre le même objectif. « Le colza a des capacités de compensation (ramifications) qui permettent des grands écartements sans pénaliser le rendement ».
Alain Le Roux, a testé, sur une partie d’une parcelle de 5 hectares, deux itinéraires techniques. Le premier, faible en intrants, inclue un passage de bineuse au mois d’octobre. Le deuxième, plus classique, est néanmoins raisonné (voir tableau), avec l’utilisation d’un herbicide. « J’ai semé le 3 septembre 2010. La partie binée a été semée, au semoir à céréales, à 75 centimètres d’écartement entre les rangs et 15 grains par mètre linéaire. L’espace entre les lignes de semis est dicté par les caractéristiques de la bineuse de la Cuma ». Un peu trop large, selon le producteur, au vu des résultats de pousse d’adventices. « La plante ne couvre sans doute pas suffisamment le sol. La technique est intéressante mais avec un écartement moindre ». 50 centimètres serait sans doute mieux indiqué. À côté de cette zone binée, une petite bande (faisant partie de la zone à faible intrants), semée en rangs serrés, mais non désherbée (mécanique ou chimique) semble plus propre. « On verra mieux à la récolte », estime le producteur qui s’interroge sur le bénéfice qu’il pourrait y avoir à semer une autre plante avec le colza pour couvrir le sol. « Peut-être faudra-t-il prendre plus en compte le pouvoir couvrant de la variété à l’avenir », suggère Céline Bruzeau.
Une variété appât
Aucun insecticide d’automne (suivi des vols d’altises à l’aide d’une cuvette jaune) ni de printemps n’a été utilisé sur les 5 hectares de la parcelle. L’utilisation de graines d’une variété précoce en mélange (à 5 %) avec une variété classique a bien fonctionné. Les méligèthes ont été piégées par les plantes de la variété précoce (ES Alicia), épargnant la variété principale au stade le plus sensible. « Les méligèthes sont nuisibles à la culture au stade “boutons”. Pour s’alimenter ou pondre, elles perforent les boutons floraux qui se dessèchent. Au stade de la floraison, elles se nourrissent du pollen des fleurs et ont un rôle de pollinisatrices », explique l’agronome. « La variété précoce fleurit 15 jours avant l’autre. À cette période, les insectes visitent les fleurs d’ES Alicia et délaissent la variété d’intérêt qui entre au stade “boutons”. Au moment où cette dernière fleurit, les méligèthes jouent pleinement leur rôle de pollinisatrices ». Au final, seules les 5 % de plantes
de la variété précoce ont été
attaquées.
Pas de régulateurs
Un traitement préventif contre le sclérotinia a été réalisé sur toute la parcelle, au moment où 50 % des plantes perdent les premiers pétales. « L’incorporation d’un champignon, au semis, pourrait, à l’avenir, permettre d’éviter ce traitement ». Par contre, le choix d’une variété peu sensible au phoma, à l’élongation automnale et à la verse a permis de limiter les traitements et d’éviter le recours à un régulateur de croissance. La fertilisation de sortie d’hiver est deux fois moindre dans le système à faible intrants que dans le système raisonné.
Expérimentée l’an dernier à Kerguehennec, cette technique de réduction des intrants a donné de bons résultats. Le coût des intrants s’élève, en moyenne, à 116 euros par hectare contre 166 en système classique raisonné. Les charges de mécanisation sont sensiblement les mêmes. La production est réduite d’environ 2 %. La baisse des charges compense la baisse de rendement (+ 19 euros de marge sur appros). D’un point de vue environnemental, l’intérêt est notable. Bernard Laurent
Photo : Alain Le Roux (à gauche, en blanc) et Céline Bruzeau, de la Chambre d’agriculture, recevaient des agriculteurs sur la parcelle d’essai, vendredi dernier, à Pluméliau.
La bande enherbée contre les ravageurs
Alain Le Roux a implanté une bande enherbée (fétuque-trèfle) en bordure de haie (hors proximité de ruisseau) sur 4 mètres de largeur, à un endroit où la pousse de la culture est généralement pénalisée. Cette bande est destinée à la fauche. L’objectif est de renforcer l’action de la haie en faveur des auxiliaires qui se nourrissent des prédateurs des cultures. Elle favorise notamment les populations de carabes qui s’en servent de lieu d’hivernage et de base arrière pour aller dans la culture. Ils parcourent jusqu’à 70 mètres dans la parcelle. La larve est, de plus, carnivore à 90 %. L’adulte se nourrit de larves ou d’œufs de prédateurs (taupins, limaces, pucerons, chenilles, doryphores ou nymphes de charançons). Les captures, réalisées lors d’essais à Kerguehennec, sur deux parcelles, en été, se comptent en milliers. D’autres régulateurs des populations de ravageurs s’y abritent : larves ou adultes de coccinelles, de syrphes, d’araignées….