
Il a peu ou pas de secret pour la station expérimentale du Caté (1), le lessivage de l'azote. « Cela fait 28 ans que nous avons mis en place – en partenariat avec l'Inra – nos 16 cases lysimétriques, soit une durée suffisamment longue pour avoir un bon recul », relève Michel Le Roux, directeur du Caté. D'un diamètre de 5 m2 et d'une profondeur de 1,5 m, ces 16 cases permettent de mesurer les teneurs des eaux les traversant en différents constituants, et particulier l'azote. Au sein des cases, soit le terrain est laissé nu, soit il est implanté en culture, ce qui permet de chiffrer l'impact du couvert végétal sur la composition des eaux.
Pas de sol nu
Et les nouveaux résultats obtenus, sur la période 2004-2010, confirment les anciens : « au sein de la cuve où le sol a été laissé nu sur cette période, le taux de nitrate s'élève à 156 mg / L, contre des valeurs échelonnées entre 20 et 45 mg / L quand le terrain a été cultivé. Cela montre bien la capacité des sols à produire de l'azote dans notre secteur du littoral Nord Bretagne, et l'importance de les cultiver, surtout à l'automne, pour faire baisser ce taux », commente Michel Le Roux. Les résultats rappellent également tout l'intérêt du chou-fleur en la matière. « Planté en juillet-août, il va consommer beaucoup d'azote du sol pour faire ses feuilles à l'automne, justement à la période où la minéralisation est la plus forte. C'est un peu la culture idéale. En revanche, cela n'est plus vrai pour le chou-fleur tardif, qui risque de nécessiter un apport de fertilisant. » En deuxième et troisième année de production, l'artichaut s'avère également un bon « absorbeur » d'azote.
Céréales : pas d'effet
Depuis 6 ans, les responsables se sont aussi penchés sur l'effet de l'introduction de céréales et d'engrais verts dans les rotations, afin de ne pas étudier uniquement des rotations légumières et de correspondre aux réalités de terrain. « Si l'on se focalise sur le risque de lessivage des nitrates, ces rotations impliquant d'autres cultures ne sont pas plus bénéfiques. Nous n'avons pas chiffré d'effet », poursuit le directeur.
Sur la période 2004-2010, le taux le plus faible d'azote dans les eaux a été obtenu dans la case avec rotation chou-fleur / pomme de terre. Le taux d'azote a alors atteint 22 mg/L. Soit beaucoup moins que les 50 réglementaires, mais plus que les 10 mg de plus en plus cités comme objectif par les politiques. « Cet objectif des 10 mg pose vraiment question dans des zones comme les nôtres où l'on voit à quel point le sol produit de l'azote naturellement », soulève Michel Le Roux.
Anne-Laure Lussou
(1) Le Caté, station expérimentale légumière, faisait visiter les cases lysimétriques au grand public, mercredi 6, dans le cadre de la Semaine du développement durable au sein du Pays de Morlaix.
Photo : Michel Le Roux, directeur du Caté, et Christophe Bazinet, conseiller innovation chez Vegenov, au sein du terrain où se trouvent les 16 cases lysimétriques.