
Dans un contexte de hausse de la consommation de viande de volaille, dans le monde, en Europe et en France, notre pays n'arrive pas à tirer son épingle du jeu. Le solde des échanges vis-à-vis de l'Union européenne est en constante régression, avec une progression des importations.
40 % d'importation en poulet
« Entre 2000 et 2010, la part des importations, dans la consommation de volailles, en France, est passée de 13 à 27 % », déclare Stéphane Athimon, animateur du Gaevol. « Pour le poulet, le taux serait proche de 40 %. » Chez nos voisins, l'Allemagne et le Royaume-Uni, la production progresse plus rapidement qu'en France.
« Les contraintes réglementaires, en particulier liées à l'environnement, deviennent de plus en plus insupportables », estime Stéphane Dahirel, président de Gaevol. « Nous avons besoin d'améliorer notre compétitivité par rapport aux autres pays, mais nous demandons à lutter à armes égales avec eux. » Nos collègues allemands construisent 3 à 4 bâtiments de 2 000 m2 d'un coup, avec du photovoltaïque sur les toits, un système de méthanisation au bout des poulaillers. « Qu'attendent les pouvoirs publics pour nous donner les moyens de lutter ? », demande le président. « Nous avons besoin de bâtiments neufs et d'innovations pour retrouver notre place en Europe. »
Alourdir les dindes
Pour Claude Guillesser, directeur de RVE à Rohan, la concurrence est rude entre l'escalope de dinde, le jambon de porc et le steack haché. « En dinde, nous avons perdu de la compétitivité par rapport au poulet et aux autres bassins européens. » En 10 ans, la production française a été divisée par deux et les importations ont fortement augmenté.
« Je suis raisonnablement optimiste », avance C. Guillesser. « Nous devons privilégier le résultat technique en sortie d'élevage mais aussi en sortie de centre de découpe, en étant très vigilant au rendement filet. » L'Allemagne produit des dindes plus lourdes, avec un meilleur rendement filet.
« Nous devons aussi adapter nos outils industriels et nos méthodes de découpe. » Le tranchage optimisé des escalopes et le désossage automatique des muscles sont des axes de travail. « Nous devons aussi mieux vendre notre savoir-faire, en valorisant l'origine 100 % Bretagne de nos dindes. »
Garder le cap
« Depuis plusieurs mois, nous sommes confrontés à la hausse des coûts de matières premières. Le prix de revient de la tonne de poulet sortie abattoir a augmenté de 17 % », estime Paul Lopez, directeur de Boscher Volailles et Keranna. « Nous n'avons obtenu que 5 à 10 % de hausse de nos prix de vente ». D'où, chaque semaine, des pertes significatives concentrées sur le maillon abattage-découpe.
« Face à des concurrents européens qui vendent 10 à 20 % moins cher, nous avons fait le choix de garder le cap, mais on ne pourra pas tenir longtemps à ce rythme », poursuit le directeur. « Nous avons la conviction que la réassurance du consommateur passe par la mention de l'origine de production. » Le travail interprofessionnel sur le référentiel doit avancer vite avec un cahier des charges simple et sans contraintes supplémentaires par rapport à
ce qui est fait aujourd'hui. L'étiquetage d'origine doit être mis en place partout, y compris sur les produits transformés.
Pour Eric Philippe, directeur général de Glon, la filière doit être capable de s'adresser aux consommateurs français. « Il est hors de question que l'on aille au-delà des 40 % de produits importés. On reviendra à une relocalisation des productions avicoles, même sur les produits standards. » Patrick Bégos
Photo : Stéphane Athimon, animateur de Gaevol, Stéphane Dahirel, président et Jérôme Moy, vice-président.
Plus de 58 millions de volailles/an
Le Gaevol regroupe sur le Grand Ouest 405 éleveurs de volailles pour un parc de 717 000 m2. La Bretagne représente 70 % de ces adhérents et 80 % des surfaces. Plus d'un million de poulets sont abattus chaque semaine (+ 6 %) dont près de 700 000 poulets sexés lourds (Princior) et 327 000 poulets standards. La production de dindes
(65 300/semaine) est en baisse de 7,8 %.