
Les élevages bretons se restructurent dans l’idée d’élever un maximum de porcs sur les sites de naissage. La vente de porcelets et le façonnage sont jugés peu rentables. Les engraisseurs ont du souci à se faire. Pour des raisons historiques, il y en a beaucoup dans le département. Une étude menée par Hugo Papaïconomou, de la Chambre d’agriculture, montre le pessimisme de ces producteurs. L’arrêt des constructions de salles de post-sevrage depuis 2000 confirme cet état d’esprit, dans les faits. Seulement quelques rénovations. Deux fois moins d’engraissements se sont construits sur la période 1995-2000 comparé à celle de 1980-1995. « 43 % des engraisseurs sont inquiets pour l’approvisionnement en porcelets », précise l’économiste. Beaucoup craignent de devoir cesser l’activité.
Maternités collectives
Les solutions avancées par les partenaires des éleveurs, consultés lors de l’enquête, et présentées par Etienne Ariaux, chef de service à la Chambre d’agriculture, concernent le modèle d’exploitation. « Il faut renforcer la cohérence des chaînes naisseurs-engraisseurs et encourager le naissage par la voie de la maternité collective ». Des solutions qui nécessitent des capitaux et un engagement des engraisseurs en société, dans le cas du naissage collectif. Difficile en période de crise. Il y a pourtant urgence si l’on veut préserver le potentiel de production. « Beaucoup d’élevages naisseurs-engraisseurs de taille modeste souhaitent se transformer en engraisseurs purs », indique Michel Guernevez, président de la Cecab. « Tous les mois, des dossiers de ce type sont traités au Coderst (Conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques) ». Avec le risque de renforcer encore la dépendance vis-à-vis de l’extérieur pour l’importation de porcelets.
12 % ne feront pas la mise aux normes
Même s’ils semblent plus optimistes, les naisseurs-engraisseurs, notamment les jeunes, doivent faire face à la mise aux normes bien-être. « 23 % des éleveurs enquêtés ont réalisé les travaux », reprend Hugo Papaïconomou. 12 % ne la feront pas, ce qui, extrapolé à l’échelle du département, correspond environ à 10 000 truies. « 64 % ont le projet de la faire. Ils prévoient une augmentation de leur cheptel ». Cette augmentation serait de nature à compenser la baisse liée aux abandons. Tous les projets vont-ils se concrétiser ? « L’analyse de l’échantillon des 64 % de producteurs montrent qu’ils sont confrontés à plusieurs difficultés. Ces projets ne sont pas démarrés. Beaucoup sont prévus hors délais (2013 et après). 65 % d’entre eux jugent l’investissement difficile en raison du coût. La faisabilité administrative n’est pas plus évidente : 42 % seulement pourront se passer d’une construction à neuf ou d’une restructuration de l’élevage pour la mise aux normes. Enfin, 13 % devront céder leur exploitation d’ici 5 ans mais n’ont pas de successeur en vue ». On le voit, le maintien de la production des naisseurs-engraisseurs n’est pas acquis. Leurs structures vieillissent. « 50 % de baisse de l’activité construction-rénovation en bâtiments maternité et gestantes sur la décennie 2000 par rapport à la décennie précédente ». Sans compter les pertes de productivité liées à cette insuffisance d’investissement de modernisation.
Bernard Laurent
Photo : L’enquête sur la production porcine morbihannaise a été réalisée chez un échantillon représentatif de 180 producteurs.
plus de surface de plan d’epandage
La possibilité d’épandage est de plus en plus contrainte. Compte tenu de l’évolution de la règlementation phosphore, la production porcine devrait avoir un besoin de 17 000 hectares supplémentaires dans le Morbihan (le traitement est encore faible dans le département). En volaille de chair, le constat est pire. Il faudrait 31 000 hectares de plus, au maximum. Au total les deux filières auraient un besoin de 70 000 hectares d’épandage chacune. Il convient d’ajouter l’évolution de la prise en compte des rejets d’azote des bovins laitiers qui pourraient passer à 94 kilos/vache, ce qui correspond à 10 000 hectares supplémentaires (385 000 hectares de SAU en 56).