
La section des anciens exploitants de la FDSEA 22, présidée par Jean Quéré affiche toujours le même dynamisme. Lundi, plus de 200 adhérentes et adhérents ont assisté à l’assemblée générale à Plérin. Les responsables notent toutefois une certaine difficulté à faire adhérer et participer les jeunes retraités. Et pourtant, comme l’a rappelé le secrétaire général de la section, Yves Le Faucheur, « malgré nos cheveux blancs nous
restons militants. » Persuadé que les combats menés pour améliorer les retraites sont autant, sinon plus destinés aux générations suivantes.
Etat, solidarité ou assurance
Un sujet a été largement évoqué lors de cette assemblée, la dépendance. Elle reste une grande préoccupation. Le président de la République a dit vouloir engager rapidement le débat sur cette problématique. Elle revêt à la fois une dimension sociétale et économique. Sur les grands principes de l’attachement à des services médicaux de proximité ou encore du maintien à domicile, il n’apparaît pas de divergences. L’approche financière est probablement plus complexe. Les actions sociales consomment déjà, 60 % des budgets des conseils généraux.
Il faut donc se pencher rapidement sur cette question du financement de ce que certains appellent 5e risque et d’autres 5e branche. Le tout étant en fait de savoir qui va effectivement l’assumer. La tentation serait de dire, l’État doit payer. « Pure démagogie, estime Yves Le Faucheur, lorsque l’on observe les déficits publics et la volonté politique de réduire la dette. » Reste donc à se prononcer entre la solidarité nationale et le système assurantiel ou pourquoi pas un mix des deux. Le système assurantiel peut paraître séduisant à certains égards, mais présente un inconvénient majeur, celui d’évoluer vers une démarche individualisée et donc forcé-ment inéquitable entre ceux qui auront les moyens de se couvrir confortablement par une bonne assurance et d’autres plus fragiles économiquement.
Tous les revenus
Quant à la solidarité nationale, souvent appelée au secours, sa seule évocation hérisse le poil des plus rétifs. Naturellement les uns ont l’impression de payer pour les autres, surtout lorsqu’elle donne lieu à de multiples exceptions. Le plus difficile sera donc de déterminer la forme que cette solidarité nationale devra prendre. Ainsi que l’a rappelé le député Jean Gaubert, « le principe d’ une nouvelle cotisation sur le travail, alors que l’on dit que le travail est déjà trop taxé en France est vivement contesté. » Par ailleurs, le revenu du travail ne repré-
sente que 60 % du revenu des Français. « Si on s’oriente vers une contribution sur les revenus, il faudrait que tous les revenus soient concernés. » Une forme de CSG dépendance.
Quelques voix s’élèvent déjà, y compris dans les rangs des retraités agricoles, pour demander qu’en dessous d’un plafond de revenus, il n’y ait pas de cotisation. Ils ne seront sans doute pas les seuls à vouloir justifier d’une exemption. Mais il faudra aussi faire attention à ne pas limiter le débat au seul postulat - « faire payer les riches. » C’est sans doute le meilleur moyen d’aboutir à un système bancal et injuste, car
c’est une catégorie qui aura toujours les moyens de se payer le prix de la prise en charge de
sa dépendance.
Évidemment le débat n’est pas simple. On l’a vu à Plérin, il peut même parfois irriter ou exacerber certaines tensions, voire aboutir à des incompréhensions. Il est de toute façon loin d’être clos. En attendant, comme l’a rappelé Yves Le Faucheur, « dans les zones rurales c’est souvent la solidarité familiale qui prime. » Mais elle
a aussi ses limites. Et ce pour de multiples raisons.
Pierre Dénès
Photo : Jean Quéré, président de la section départementale, entre Didier Lucas, président de la FDSEA, et Jean Paul Bizien, président de la section nationale.
JEAN-PAUL BIZIEN : « L’objectif reste 85 % du Smic »
Il est de fait normal que les agriculteurs ne se soient pas retrouvés dans la rue lors du récent conflit sur les retraites. « Nous avons eu le sentiment que c’était avant tout la défense des acquis et des avantages pour certaines catégories. Et pas une réelle volonté d’aboutir à plus d’équité »,
explique le président
de la section nationale Jean-Paul Bizien. Il rappelle qu’il existe plus de 30 systèmes de retraite différents. Toujours est-il, que le système agricole est encore à la traîne, malgré les avancées sectorielles de ces dernières années. « Les 75 % du Smic ne sont pas encore atteints. Et la moyenne, à moins de 700 euros, se situe en dessous du minimum vieillesse. L’objectif reste les 85 % du Smic pour une carrière complète », insiste Jean Paul Bizien.