
« Le secteur porcin est dans une économie en récession depuis déjà quelques années. Il est très difficile de gérer cette récession avec des charges qui augmentent tous les ans. Certaines personnes proposent de fermer un ou deux abattoirs pour accroître la compétitivité de la filière. Cette solution est extrêmement coûteuse. » 35 millions d’euros, simplement au niveau social, pour un abattoir employant
700 salariés, selon Michel Guernevez, président de la Cecab et producteur de porcs, qui était invité à débattre de l’avenir de la production porcine, lors d’une table ronde organisée dans le Morbihan, par la Chambre d’agriculture. L’aide des pouvoirs publics est alors indispensable. « Et quel outil fermer ? Même si le développement de la production est une idée taboue dans certains milieux, je pense que c’est la solution la mieux adaptée. Elle permettrait d’optimiser les outils industriels existants. » Il insiste, un brin provocateur : « Pourquoi pas ?... Dans la mesure où les problèmes environnementaux sont réglés. » Fortuné Le Calvez, président d’Aveltis, abonde dans son sens. « On en fermera un premier. D’autres suivront. C’est dangereux pour la filière. »
Mutualiser la recherche
Christophe Chrétien, directeur de Sanders Bretagne estime également qu’une décroissance est préjudiciable. Pour augmenter la productivité de la filière, il préconise de mutualiser les moyens au niveau de la recherche génétique. « La génomique pourrait permettre un gain de 2 % d’efficacité, chaque année. » En travaillant sur les aspects liés à la santé des animaux, notamment. Toujours en amont, il cite les gains possibles dans les ports bretons (2 à 3 € / t, de compétitivité en moins, par rapport aux ports du nord de l’Europe). La levée des contraintes liées à l’utilisation de certains co-produits lui semble également essentielle. Thierry Coué, représentant le syndicalisme majoritaire, souhaite un maintien de la production mais demande une analyse objective des outils industriels. « La restructuration industrielle est insuffisante pour avoir une place prépondérante en Europe. Le plus gros opérateur français (6 millions de
porcs abattus) manque de poids par rapport aux plus gros opérateurs européens (20 millions de porcs). »
Le financement des investissements, de reprise ou de modernisation, jugés indispensables pour gagner en compétitivité, était également en débat. « À l’installation, nous ne pouvons pas payer les 80 000 € d’apport personnel exigé, en moyenne, par les banques », déplore Frédéric Daniel, des JA56.
« Nous travaillons à la mise en place d’un fonds d’investissement et de cautionnement qui serait alimenté par les partenaires économiques. »
Recherche de capitaux
L’expertise reste à faire et les partenaires à trouver. « Ce n’est pas le rôle des organisations économiques de mettre de l’argent dans les exploitations », indique Michel Guernevez, qui voit dans le modèle sociétaire (et le rachat de parts) une formule souple pour les jeunes, à l’installation. Christophe Chrétien abonde. « Si la filière intervient, c’est par défaut. » Et pose la question du rôle des financeurs habituels, avant de prévenir : « il faut éviter que des investisseurs étrangers s’intéressent à l’agriculture bretonne. Les enjeux alimentaires de demain sont énormes. Si on ouvre la porte, ils viendront. » Pour Thierry Coué, l’investissement extérieur ne peut être que temporaire et minoritaire, pour éviter toute démarche d’intégration, contraire à l’intérêt des
éleveurs. Bernard Laurent
Photo : De gauche à droite : Frédéric Daniel, JA 56, Michel Guernevez, président de la Cecab, Thierry Coué, FDSEA, Christophe Chrétien, directeur Sanders Bretagne et Fortuné Le Calvez, président du groupement Aveltis ont débattu, mardi dernier, à Saint Allouestre (56) de l’avenir de la production.
Contrats éleveurs -céréaliers
La volatilité des cours du porc et de l’aliment pénalise les éleveurs. Pour en atténuer les effets, les participants à la table ronde évoquaient le marché à terme, la vente des porcs à livraison différée et la contractualisation éleveur-céréalier, les filières animales représentant 40% des débouchés. Autre voie à explorer : les nouvelles activités liées à la production d’énergie. À condition qu’elles ne soient pas détenues par des entités économiques extérieures et qu’elles restent propriété des éleveurs. Christophe Chrétien évoquait l’augmentation de la taille des élevages, souhaitable pour pouvoir répondre économiquement aux contraintes qui pèsent sur la production.