
C'est en partant du constat que les broutards Salers sont mal valorisés lorsqu'ils quittent le berceau de race pour être engraissés, que des chercheurs de l'Inra de Clermont-Ferrand/Theix se sont penchés sur l'impact de leur alimentation avant sevrage sur leurs performances futures. « L'idée était d'étudier comment l'énergie ingérée et sa composition avant sevrage influencent leur développement par la suite, explique Florence Garcia-Launay, ingénieure à l'Inra en charge de l'étude. Suivant que l'on favorise le dépôt de lipides ou de protéines avant sevrage, les performances en engraissement varient. »
Trois régimes distincts
Pour ce faire, trois lots de dix broutards (Limousins et Salers) ont donc reçu des régimes distincts, de l'âge de 3 mois (150 kg) jusqu'au sevrage (9 mois). Pour les besoins de l'étude, ils sont restés en bâtiment. Dans les trois cas, les animaux disposaient de foin à volonté et tétaient leur mère deux fois par jour, puis une fois par jour à partir de 7 mois. L'un des trois lots de veaux tétait en plus une vache laitière une fois par jour, les broutards s'avérant capables de boire des quantités de lait bien supérieures à celles produites par leur mère, et un autre lot recevait en plus un apport croissant de concentrés (de 0,5 à 4,5 kg bruts / jour).
Témoin : moins de croissance
Logiquement, les animaux complémentés ont atteint des GMQ supérieurs à ceux du lot témoin, qui se sont traduits par un poids vif au sevrage de plus de 60 kg supérieur. Les performances de croissance dans les deux lots supplémentés ont été comparables, que ce soit pour les broutards Salers ou Limousins. En revanche, une distinction s'est opérée entre race : pour les Salers, l'efficacité a été comparable quel que soit le régime, tandis que les Limousins ont beaucoup mieux valorisé les régimes complémentés. Ce qui fait dire aux scientifiques que les broutards Salers, grâce à la bonne production laitière de leurs mères, « peuvent être conduits selon une croissance soutenue sans apport de concentré si les mères produisent près de 10 kg / j de lait en moyenne. » Par ailleurs, il s'est avéré que les broutards Salers complémentés en lait ont déposé moins de gras, en particulier dans les viscères, que les animaux complémentés en concentrés. Ces derniers enregistrent ensuite un ralentissement important de leur rythme de croissance. En fait, les apports en concentrés semblent contribuer au dépôt de gras autour des viscères alors que les apports en lait favorisent le dépôt protéique : une alimentation privilégiant le lait et les fourrages avant sevrage produit donc des animaux plus efficaces dans la conversion de l'énergie ingérée en gain de poids. Prochaine étape, pour les scientifiques : la construction, d'ici la fin de l'année, d'un modèle prédictif des performances des animaux en fonction de leur alimentation de la naissance à l'abattage.
Anne-Laure Lussou
Photo : Les broutards Salers peuvent être conduits selon une croissance soutenue sans apport de concentré si les mères produisent près de 10 kg / j de lait en moyenne.