
Tous les clignotants sont au vert à la Caisse régionale du Crédit agricole. Tout d’abord le résultat net 2010 (58,6 millions d’euros) est en hausse de 4,2 millions. Un niveau encore insuffisant pour répondre aux futurs critères réglementaires modèrent les gestionnaires. La collecte d’épargne, qualifiée de « nerf de la guerre » par le directeur Jack Bouin, monte de 4,4 % (+ 464 millions d’euros). Quant aux réalisations de crédit, elles progressent de 22% en 2010 et « tutoient le plus haut niveau historique enregistré en 2007 ».
Point noir sur le porc
Tous les secteurs, sauf l’agriculture, participent à cette progression du niveau d’emprunts : les particuliers essentiellement au travers l’habitat (+ 26 %), les PME et collectivités (+ 30 %), les professionnels qui regroupent les artisans, commerçants et indépendants (+ 17 %). « Pour l’agriculture, nous ne sommes pas dans la même logique de reprise après la crise économique. L’agriculture répond à un autre cycle ».
Cet autre cycle est orchestré par les crises qui frappent successivement les différentes productions du département. « En 2010, les serres, qui ont vécu des moments difficiles, ont renoué avec de meilleurs cours. Il était temps car nous avons des engagements importants », observe Jean Le Vourc’h. Le président du Crédit agricole se montre beaucoup plus inquiet par la situation de la filière porcine. « C’est le point noir. Avec ce problème du prix de revient que les éleveurs n’arrivent pas à maîtriser en raison du prix des matières premières ». Il ajoute : « Les performances des élevages sont pourtant au rendez-vous ». Bref, les trésoreries souffrent. Et la banque verte ne fait pas mystère que la production porcine y est pour quelque chose dans les 34 millions de risques provisionnés par la caisse régionale.
Des effets sur l’économie régionale
Au-delà de la situation délicate de certains élevages, Jean Le Vourc’h se montre plus particulièrement préoccupé par l’attitude globale de la profession. «Aujourd’hui, de nombreux acteurs s’attèlent à entreprendre des réparations de fortune sur une baignoire qui fuit de toutes parts alors que la vraie question est de savoir comment préserver le potentiel que représentent les 630 000 truies bretonnes ».
Autrement dit, le président du Crédit agricole parle là de l’approche économique régionale. « Moins de truies, c’est moins d’activité, moins d’emplois ». Ce qui lui fait dire « qu’accepter des plans de cessation, c’est une stratégie extrêmement dangereuse ». En parallèle, il invite « optimiser les usines d’amont (aliment) et d’aval (abattage-transformation) « pour retrouver de la compétitivité ». Et de reprendre sa casquette de financier : « Pour une banque, financer un secteur qui se dit en régression c’est prendre des risques ». Didier Le Du
Éclaircies sur le lait
Sur le milliard d’encours de crédits cumulés à l’agriculture, la production laitière représente un bon tiers. Les éclaircies qui se font jour au-dessus de ce secteur sont de bon augure pour le Crédit agricole qui souligne toutefois « les 5 400 € d’annuités supplémentaires que vont supporter 1 000 laitiers finistériens pour les quatre prochaines années » (prêt Sarkozy).
Parce que « la hausse des denrées porte en elle la baisse », le président de la caisse régionale conseille : « Avant d’investir mieux vaut sécuriser sa trésorerie ». Et d’alerter : « Des produits laitiers à des prix très élevés favorisent la percée des produits de substitution (graisses végétales) ». Un air de déjà vu…
Légende photo : Jack Bouin, directeur général, et Jean Le Vourc’h, président de la caisse régionale du Crédit agricole.