
« Nous n’avons pas épandu de matière organique sur la moitié de nos parcelles depuis 1978 », indique Patrick Cherron, en Gaec avec son fils Yohann, sur une exploitation de 100 hectares de SAU. Les rendements s’en ressentent. « Trois tonnes de matière sèche en moyenne en moins dans nos prairies ». Des parcelles vouées à la production herbagère où le pâturage de la soixantaine de vaches et des génisses succède à une première fauche.
Les engrais minéraux y sont autorisés mais « le manque d’humus accentue les problèmes de sécheresse dès la fin du printemps ». Le reste de la surface, à l’exception de 8 hectares plus éloignés, se situe dans une zone de 200 à 500 mètres du rivage. « Nous avons, dans cette zone, une dérogation pour épandre des fumiers ». Un accord a été trouvé avec les ostréiculteurs, pour fertiliser les terres concernées, depuis que la hache de guerre a été enterrée entre les deux professions. « Nous avons fait des efforts de compréhension mutuelle. Mon fils n’aurait pas pu s’installer sans cette dérogation ». A l’origine des conflits : la pollution bactériologique des eaux, préjudiciables aux élevages ostréicoles (présence d’Escherichia Coli).
Essais en maraîchage
En 2007, un comité d’acteurs comprenant les élus locaux, les agriculteurs, les ostréiculteurs et leurs partenaires, s’est créé, à l’initiative du Syndicat intercommunal d’aménagement du golfe du Morbihan (SIAGM), avec l’objectif de maintenir une agriculture viable sur le secteur en respectant la règlementation.
« Nous souhaitions trouver une solution pour répondre à toutes les attentes des agriculteurs. Le bois raméal fragmenté, issu de déchets verts ou de bois de bocage, a déjà été essayé en maraîchage en France sur de petites surfaces. Il semble intéressant par son pouvoir de rétention en eau et par son apport de matière organique, sans risque de pollution par des bactéries », précise Camille Simon, technicien au SIAGM. Reste à tester la méthode à l’échelle agricole, avec des volumes autrement plus importants.
Le Gaec de Kermadec a mis une parcelle d’un hectare à disposition pour réaliser un essai grandeur nature. 300 m3 y ont été épandus, mardi dernier. Entre 3 et 5 centimètres de bois fragmenté sur toute la parcelle.
Repos de 3 mois après épandage
Dans l’idéal, l’épandage a lieu en début d’hiver. Le bois, épandu dans les 36 heures après la coupe pour éviter toute fermentation susceptible d’éliminer des éléments minéraux, repose pendant trois mois sur le champ. Une incorporation aux premiers centimètres du sol est ensuite effectuée. « Pour pallier à l’effet dépressif de l’azote, il faut semer une légumineuse pour une bonne décomposition par les micro-organismes du sol ». Au Gaec Cherron, une prairie de RGA- trèfle violet sera implantée en septembre. « Les effets bénéfiques du bois raméal fragmenté doivent se faire sentir pendant 5 ans », estime Camille Simon. Le suivi de l’essai sera réalisé, en partenariat avec l’Inra. « Par des analyses de sol classiques, bien sûr. Mais aussi par la mise en place d’un observatoire de la biomasse présente dans le sol, et notamment des vers de terre ». Patrick Cherron est impatient de voir le comportement du bois fragmenté. Si l’expérience est positive, les zones littorales pourraient bénéficier rapidement de la technique.
Le broyeur spécifique est sur place, dans une entreprise de travaux forestiers ; la ressource est importante, notamment dans les déchetteries ou dans les tailles de haies de bocage, souvent brûlées au champ. Le coût, pour l’agriculteur, n’est pas encore connu. Compte tenu des bénéfices escomptés au niveau agronomique et des économies de compostage (traitement, transport) réalisées par les collectivités, il pourrait être rapidement amorti en circuit court.
Bernard Laurent
Photo : Le bois raméal fragmenté est une paille de bois, issu, comme les plaquettes (bois haché pour le chauffage), de déchets verts ou de bois de bocage. Le broyeur est un matériel spécifique.