
C'est un peu le coup qu'on n'attendait pas, cet arrêté ministériel du 4 mars qui définit les nouvelles conditions d'achat d'électricité d'origine photovoltaïque. Ou du moins, on ne l'attendait pas si fort. « On savait qu'on ne ferait pas aussi bien qu’en 2009 – 2010, mais de là à en arriver à la situation d'aujourd'hui », lâche Charlotte Quénard, chargée de mission énergie à la Chambre d'agriculture 22, qui s'avoue un peu lasse des revirements constants du gouvernement sur cette thématique (trois tarifs différents en 2010, arrêté du 4 mars). « Et encore, le prix évoluera tous les trois mois… »
Un quota français à 500 MW
Les tarifs de rachat sont abaissés, pour les projets compris entre 9 et 36 kWc (kilowatt crête), à 30,35 c / kWc, et à 28,83 c / kWc pour ceux compris entre 36 et 100 kWc, contre 44 c auparavant. Ils seront revus chaque trimestre en fonction des volumes de projets déposés et des baisses de coûts. « Si les projets déposés sont conformes à la trajectoire prévue, cet ajustement consistera en une baisse de 2,6 %. Si le flux est moins important, la baisse sera moins
marquée voire nulle, et s'il est plus important, la baisse sera accentuée », explique Charlotte Quénard. L'idée du gouvernement, par cette voie, est de fixer à 500 MW par an les nouveaux projets (avec possibilité de passer à 800 MW, décision mi 2012). Outre la sérieuse baisse infligée aux tarifs, l'arrêté du 4 mars apporte des nouveautés comme la
nécessité, pour les installations de taille supérieure à 9 kWc, de disposer d'une attestation d'un organisme bancaire. Ce qui laisse perplexe, quand on sait que les banques étaient déjà souvent frileuses pour se lancer, avec l'ancienne donne.
Rentabilité baissée
Pour les spécialistes du chiffrage des projets, le moins que l'on puisse dire est que ce n'est pas l'optimisme qui domine : « il est difficile de se prononcer de façon ferme et définitive sur la nouvelle rentabilité de tous les projets. Nous avons réalisé trois simulations (selon le prix du panneau – voir graphe) pour un projet de 36 kWc avec intégration de l'activité dans l’exploitation
en se basant sur plusieurs hypothèses (emprunt à 4,5 % ADI comprises sur 15 ans + différé, 2 % d'inflation par an, 0,5 % d'actualisation annuelle du tarif, rendement de 950 kWh/kWc avec 0,9 % de baisse de rendement par an) : dans deux des trois situations, on atteint des déficits
de trésorerie pendant une période donnée, indique Claude Rouxel, conseiller de gestion au CER France 22. Une durée de
financement plus longue (supérieure à 15 ans) serait donc
nécessaire. »
Vigilance de mise
De quoi inciter à éplucher son projet dans tous les sens avant d'entamer des démarches. Les spécialistes n'ont que ce mot-là à la bouche : « il faut absolument être très vigilant sur son étude économique et bien s'entourer pour cette étape. » L'autre mot d'ordre, dans la filière, est de ne pas se rabattre sur des panneaux low-cost sous prétexte d'économie à tout prix. « La qualité est primordiale », répète Claude Rouxel.
Un message également relayé par le fabricant breton de panneaux Sillia Energie, qui vient de démarrer une deuxième ligne de fabrication. « Désormais, il faut penser son projet en kWh et non en Wc, et en compromis risque / rentabilité plus qu'en euro/Wc, fait valoir Pierre-Laurent Faugeras, responsable des ventes. Investir dans un projet photovoltaïque, bien sécurisé, cela reste rentable. Le tout est de ne pas en espérer, par exemple, une retraite mirobolante. » Le responsable déplore néanmoins le refus du gouvernement de régionaliser l'indexation des tarifs et le fait que, pour les installations de 100 à 250 kWc – qui donneront lieu à des appels d'offres –, les règles soient encore très mal connues. Anne-Laure Lussou
Opinion
Pascal Chaussec
agriculteur à Edern et président de l'Apepha (1)
« Le photovoltaïque se raisonne à long terme »
L’arrêté du 4 mars traduit une réelle mauvaise volonté de la part du gouvernement. Ce dernier a mis en place une usine à gaz si compliquée qu'elle risque de favoriser les grosses installations et de décourager les autres, vu les complexités administratives, auxquelles s'ajoutent des dysfonctionnements inadmissibles dans la gestion des dossiers chez EDF AOA – ERDF. Suite à l'arrêté, l'Apepha a participé à l’envoi au Ministère d’une liste d'une soixantaine de dossiers en attente en Bretagne : ces projets n'avaient pas été validés avant le 2 décembre en raison de traitements administratifs trop longs. À ce jour, nous ne savons pas l'issue de notre démarche, mais nous espérons vraiment sauver le plus de projets possibles.
Quant à ce qui concerne les projets pas encore démarrés : il faut vraiment s'y intéresser le plus vite possible, en faisant une simulation économique précise. Il faut plus que jamais très bien s’informer sur son projet, chaque détail compte d’autant plus que la rentabilité sera plus limitée. Le paradoxe étant que, pour assurer plus de rentabilité, il faut l’optimum de qualité à tous les niveaux. Nous croyons toujours au photovoltaïque et l'Apépha, par son expérience et son réseau, est là pour aider les porteurs de projets à réussir à mettre en place son installation avec la meilleure sécurité possible.
(1) : Association des producteurs d'électricité photovoltaïque associés montée fin 2010 pour accompagner les projets déjà en route (APEPHA@terre-net.fr)