« Pas le temps, trop de travail, pas envie de m’engager, pas capable d’assumer, peur de délaisser mon exploitation, peur que cet engagement empiète sur ma vie familiale… » Les raisons invoquées pour ne pas prendre de responsabilités, ou ne pas aller à une réunion sont multiples. S’y ajoute un sentiment de méfiance par rapport à ceux qui dirigent les organisations, parfois mis au même niveau que les élus politiques. Le fossé entre les structures et le terrain se creuserait donc.
Lors de la dernière assemblée des Jeunes Agriculteurs à Plérin, ce sujet sur la difficulté à mobiliser a fait l’objet d’une table ronde, à laquelle participait Jean Salmon, ancien président de la FDSEA et des Chambres départementale et régionale d’agriculture, Roger Le Guen, enseignement et sociologue rural, ainsi que Jérôme Chapron, éleveur dans la Manche et depuis un an administrateur de Jeunes Agriculteurs national.
Logique de projets
Jean Salmon s’est impliqué jeune dans le mouvement de la jeunesse rurale (MRJC) puis rapidement dans le syndicalisme agricole. Le message est clair et sans ambiguïté pour celui que n’oublie pas que son engagement n’a été possible que parce que son épouse a adhéré. Il reconnaît que l’on peut « avoir 36 000 raisons de ne pas s’engager ». Mais surtout souligne les vertus de l’engagement. « Un individu seul ne peut rien. C’est donc dans la démarche collective que l’on trouve la force ». Un peu provocant il clame : « Si vous voulez être « peinard », ne vous engagez pas. Si vous voulez réussir votre vie, engagez vous ! ». Et insiste pour que les structures aient un projet pour attirer. « Les vraies satisfactions naissent de projets fédératifs. Il s’agit alors de concilier l’intérêt commun et les préoccupations individuelles ».
Roger Le Guen analyse la situation du monde agricole par rapport à d’autres secteurs. « Le monde salarié connaît les mêmes problèmes ». II l’explique aussi par cette disjonction complète entre les métiers au sein du couple. Évidemment la spécialisation des exploitations joue aussi son rôle. « On ne connaît plus la production des autres ». Regrettant que les problématiques transversales ne soient plus discutées entre les agriculteurs. Au risque parfois de se laisser déborder par des mouvements qui prennent en main le débat. « Tout le monde a aujourd’hui une légitimité pour parler d’agriculture ».
Ecole de formation
Jérôme Chapron se définit comme le contre-exemple. « Je me suis engagé, justement parce que mes parents ne s’étaient pas engagés ». Il est entré par la petite porte du canton, avant d’aller au département et de se retrouver au national. « C’est la crise laitière qui m’a incité à mouiller le maillot ». Certes il admet cette spécialisation qui peut segmenter les différents agriculteurs par production. Il considère cependant que des sujets transversaux, comme la réforme de la PAC, ou la communication sont des sujets autour desquels tous les agriculteurs peuvent se retrouver.
Les trois intervenants se rejoignent sur une mission clé de la structure Jeunes Agriculteurs : celle de demeurer une école de formation pour de futurs responsables. Avec toujours en filigrane, cette notion de projet, sans quoi il est difficile de fédérer. « On tombe vite dans la somme d’intérêts individuels qui n’ont jamais fait un projet collectif ». Et puis conclut Roger Le Guen « On devient vieux lorsque l’on a plus de projets ». Pierre Dénès
Thierry Houël, nouveau président
Comme il l‘avait annoncé, atteint par la limite d’âge, Patrick Cherdel a mis un terme à son mandat d’administrateur et donc de président des Jeunes Agriculteurs. Thierry Houël, associé en Gaec avec son père en production laitière et porcine à Saint Carné (Région de Dinan) est le nouveau président. Le secrétaire général est Gildas Alléno de Lanfains (canton de Quintin).