
Anticiper pour ne pas subir. Telle est la stratégie affichée par Syproporcs, le groupement porcin de Lamballe. Il vient de lancer le premier marché à livraison différée du porc. « Il s’agit d’offrir aux éleveurs la possibilité d’évoluer avec plus de lisibilité et de les soustraire au seul dictat des marchés », explique Hervé Gaté, président du groupement.
Évidemment pour pouvoir faire avancer cette idée de marché à livraison différée, il fallait d’abord convaincre un abattoir.Kermené à Collinée accepte de tenter l’expérience. La première étape a d’ailleurs consisté à baliser cette contractualisation, afin d’éviter les dérives, et de sécuriser les parties, aussi bien l’éleveur que l’abattoir. Le groupement et l’abattoir ont donc établi un contrat qui définit les règles du jeu. Ainsi, avant de pouvoir contractualiser, l’éleveur doit être référencé par l’abattoir. « Il est normal que l’abattoir soit assuré de la qualité de la marchandise dont il disposera. »
Formation obligatoire
Concrètement dès lors qu’il est référencé, l’adhérent peut, à tout moment contractualiser sur un volume (lots minimum de 50 porcs), sur une période et à un prix connu. L’abattoir propose toutes les semaines une cotation pour les mois à venir. L’éleveur peut contractualiser tout ou partie de sa production en sachant qu’il a un délai de carence d’un mois entre le moment où il prend sa décision et celui où il pourra commencer à livrer. De même, le planning prévisionnel des livraisons doit être équilibré sur le mois.
« Ce n’est surtout pas un système pour opportunistes ou spéculateurs », rappelle Hervé Gaté. La meilleure preuve vue du côté du groupement est l’obligation faite à tous les éleveurs qui souhaitent s’engager dans la démarche de suivre une formation. Important car « le groupement garantit la bonne fin de l’opération en cas de défaillance de l’éleveur. »
Donner de la lisibilité
Cette nouvelle forme de mise en marché a déjà séduit 6 éleveurs du groupement sur la base d’une grille prévisionnelle de prix proposée par l’abattoir : 1,30 € pour mars, 1,35 € pour avril, 1,40 € pour mai et 1,45 € pour juin. « Ce n’est qu’un début, mais nous avons été surpris lors des réunions que nous avons organisées de l’enthousiasme des éleveurs sur cette proposition. Quelque chose de nouveau qui donne des perspectives. » Certains éleveurs sont d’autant plus intéressés qu’ils pratiquent des achats d’aliments à livraison différée. « Ce qui leur donne encore plus de lisibilité car dès lors ils maîtrisent les deux variables prix d’achat et prix de vente», conclut Hervé Gaté. Pierre Dénès
Photo : Hervé Gaté, président, et Daniel Bellec, directeur de Syproporcs
Pas concurrent du MPB
L’objectif est aussi que d’autres outils d’abattage s’engagent. « Nous ne serions pas gênés que d’autres groupements de producteurs nous emboîtent le pas », souligne Daniel Bellec, directeur du groupement. Et pourquoi pas une reprise du concept par la structure MPB, dont Syproporcs est l’un de principaux apporteurs ? « Pour nous, il s’agit d’un outil de renforcement du Marché et surtout pas de concurrence », insiste les promoteurs.