
« Nous voulons aller au bout de la démarche », annonce Jean Michel Serres, président de la Fédération nationale porcine (FNP). À savoir : soutenir l’idée que le ministre de l’agriculture notifie à Bruxelles un plan de cessation d’activité. « À condition que la réponse soit rapide, dans les trois à quatre prochains mois, pour répondre à l’urgence ». Les délais sont souvent supérieurs à une année.
Les discussions avaient débuté en fin d’année 2010, après la flambée du prix des céréales. La FNP souhaitait que les éleveurs en situation financière difficile puissent bénéficier d’aides dans le cadre d’un plan de cessation. « La ligne communautaire agricole ne permet pas de soutenir des agriculteurs déjà engagés dans des démarches agridiff », déplore le responsable syndical. « La commission veut même faire sauter ces plans de cessation après 2013 ». Il reste donc encore une petite opportunité. La commission européenne exige qu’un plan soit financé à 50 % maximum par des aides publiques. Il faut trouver la contrepartie privée qui pourrait venir des ventes des biens de l’exploitation. « En préservant la maison d’habitation, si l’actif ne suffisait pas à couvrir les dettes ». Le plan pourrait donc intéresser certains éleveurs qui ne souhaitent pas investir dans la mise aux normes bien être et qui ne sont pas engagés dans une procédure judiciaire. Autre condition imposée par la Commission de Bruxelles : la baisse de production devrait atteindre 3 %, voire plus. Pour la FNP, la balle est désormais dans le camp des pouvoirs publics. « Nous étudierons les conditions du plan s’il nous est présenté dans de brefs délais ».
Réponse franco-française
Catherine Laillé, présidente de l’Onep (Coordination rurale), éleveur à Segriac (44), dénonce la demande, par la FNP, d’un plan de cessation. « C’est une réponse franco-française qui ne résoudra rien. Au contraire, une baisse d’au moins 3% de la production chez nous bénéficierait à d’autres pays qui en profiteraient pour accroître leurs volumes ». Un plan de cessation qui pose, selon elle, le problème de l’utilisation de l’argent public. « L’Etat et la FNP veulent restructurer les élevages, faciliter les regroupements, concentrer la production. Ça fait le jeu de l’industrie mais la production porcine quitte certaines régions avec le risque d’accentuation des problèmes environnementaux dans les zones à forte densité ». La Coordination rurale a rencontré les services du ministère de l’agriculture au mois de janvier. À court terme, elle demande un plan de désendettement des élevages, au lieu d’un plan de cessation. « Nous demandons un différé d’une année sur le remboursement des prêts ». À plus long terme, elle souhaite la mise en place d’un observatoire européen de la production. Une première étape avant d’aboutir à une véritable régulation de la production à l’échelle européenne.
400 éleveurs préalablement ciblés
La confédération paysanne approuve cette volonté de réguler l’offre à l’échelle européenne. « La vraie réponse à la crise est structurelle », pour Pierre Brosseau, éleveur à Mesquer (44). « Nous défendons l’idée d’un plan de maîtrise de la production. Le plan de cessation ne résoudra rien. Les règles libérales ne sont pas remises en cause. La diminution de la production sera vite comblée par l’augmentation globale de productivité. À court terme, de nouveaux éleveurs se retrouveront en difficulté et il faudra, dans quelques mois, un nouveau plan de cessation. Les jeunes ne peuvent pas s’intéresser à la production porcine. Les élevages des cédants ne sont plus transmis, ils sont repris par de grosses structures ». La condition des 3 % de baisse de production n’est, selon lui, pas un hasard. « 400 à 500 producteurs ont déjà été ciblés en Bretagne. Les éleveurs n’ont plus le pouvoir de décision ». Bernard Laurent
Photo : Une baisse de production en France pourrait être rapidement compensée par une augmentation dans d’autres bassins de production européens