Il faudra s’y habituer. Le prix des produits laitiers joue aux montagnes russes. Fin 2010, le prix du beurre a pulvérisé les records de 2007 et 2009. Sur le marché mondial, le beurre court effrontément vers les 5 000 dollars/tonne. Le 1er mars, les enchères bimensuelles de Global Dairy Trade de Fonterra (Nouvelle-Zélande) sentaient la crème brûlée en surchauffe : la tonne matière grasse laitière (MGLA) est montée en pression à plus de 6 400 dollars la tonne.
C’est en fait l’ensemble des produits industriels qui flambe sur le marché mondial. À cela plusieurs facteurs concomitants. D’un côté, des importations de produits industriels en forte hausse ces derniers mois.
Avec en corollaire, un important appel d’air sur les prix. Les importations chinoises de poudre de lait ont ainsi explosé de 84 % en 2010. L’empire du Milieu continuant sur sa lancée en 2011 :
+ 34 % sur janvier. Pas étonnant, dans ce contexte déficitaire, que les Chinois, qui ont maintenant des vues sur Yoplait, s’intéressent au bassin laitier breton en projetant de potentiels investissements sur Carhaix. Les importations sont également tirées vers la Russie dépendante à 20 % de l’extérieur. Les importations russes de beurre ont progressé de 33 % en 2010 ; celles de fromage de 29%.
Plus de lait à l’Ouest
Face à cette demande très soutenue, le redressement de la production sur les grands bassins de l’Europe, des USA et de l’Amérique latine reste modéré.
L’Union européenne à 27 a produit seulement + 1,3 % sur les 12 mois de 2010. La progression se faisant davantage sentir sur les pays de l’Ouest alors que l’Europe centrale poursuit son déclin. Début mars, les Pays-Bas, le Danemark, l’Autriche, la Belgique dépassaient déjà leur quota national. L’Allemagne le remplissait quasi intégralement.
Quant à la France, en sous-réalisation de 9 % en 2010, elle devrait atteindre 94 % de sa référence pour fin mars, soit 3 points de plus qu’en 2010. La collecte a en effet augmenté de façon soutenue depuis août dernier. L’accroissement sur les premières semaines de février 2011 est dans la lignée de la progression du mois de janvier 2011 (+ 8 %). Les USA ne font pas déborder les tanks à lait avec + 1,8 % sur 2010, même si janvier pourrait annoncer un coup d’accélérateur avec + 2,3%.
Les stocks fondent
Dans ce contexte, les stocks de beurre européens (1 500 tonnes au 1er mars) fondent comme neige au soleil. De même, au travers d’adjudications successives depuis la mi-décembre, la Commission européenne contribue à alléger le stock de poudre. Il reste cependant 144 000 t. dont 2/3 réservés au programme 2011 d’aide aux plus
démunis.
Quant à la Nouvelle-Zélande, elle a été touchée de plein fouet par une forte sécheresse à la fin 2010. La production laitière de ce gros faiseur, à portée du marché chinois, est en recul de 4,6 % en décembre 2010 (+ 1,1 % sur l’année 2010). Les experts estiment que la collecte néo-zélandaise ne devrait pas se redresser avant le début de la prochaine campagne 2011-2012. Didier Le Du
PRIX DU LAIT
Le prix du lait à la ferme progresse régulièrement depuis 7-8 mois dans les différents pays européens. Il se situe en décembre 2010 au-dessus des niveaux atteints fin 2008 et fin 2009. Reste que l’indice Ipampa des coûts de production calculé par l’Institut de l’élevage, augmente depuis le début de l’année 2010, en raison notamment de la forte croissance des coûts des postes énergie et aliments.
En parallèle, sur l’année glissante finissant en janvier 2011, les ventes au détail ont progressé en volume pour quelques produits (produits ultra-frais et fromages notamment). Sur cette même période, les prix ont globalement baissé, à l’exception notoire du beurre. Une tendance haussière des prix est toutefois notable sur les derniers mois pour quelques produits, le lait liquide et les fromages en particulier.