
D’un côté, des coopératives favorables au double prix double quota. D’un autre, des entreprises privées réticentes à toute augmentation de volume.
Avec la possibilité de produire jusqu’à 5 % de référence supplémentaire dans le cadre des allocations provisoires, la fin de la campagne laitière s’annonçait comme une phase test pour la muraille interprofessionnelle. Il n’en sera rien. Du moins pour cette campagne portée par des cours beurre-poudre toujours ascendants. Les dernières prévisions laitières ouvrent d’ailleurs des perspectives de marché favorables au moins jusqu’à la fin de l’été.
Prix moyen des quatre derniers mois
Dans les faits, le tarif beurre-poudre du Cniel, établi sur la moyenne des quatre mois précédents (novembre 2010 à février 2011 pour le prix de mars), est plus avantageux pour les entreprises. Tant et si bien que l’idée d’appliquer des frais d’approche, imaginée à une époque par certaines coopératives pour collecter le lait supplémentaire a été abandonnée. Quant aux producteurs, à 300 €/1 000 litres pour les allocations provisoires, une partie semble y trouver son compte, tellement préparés à l’idée de percevoir une rémunération vissée sur le prix de 2010.
Cependant, tous les producteurs ne profiteront pas au même niveau des allocations provisoires. Et pour cause, les volumes accordés aux producteurs varient de 0 à 5 % selon les laiteries. Dans l’ensemble, les gros groupes privés n’ont pas accordé d’allocations provisoires ou alors le minimum, au motif qu’elles sont clairement opposées au tarif différencié. Un trop grand écart de prix appliqué sur le terrain aurait d’ailleurs pu être fatal à l’accord interprofessionnel. Autre motif moins avouable : des entreprises privées comme Danone et Bongrain, en raison de leur politique de développement à l’étranger, ne souhaitent pas accorder de volumes supplémentaires aux producteurs.
En revanche, toutes les laiteries ont, par obligation, octroyé aux producteurs les « 2 % pénalités ». Rappelons, sans rentrer dans le détail, que des entreprises qui n’avaient pas assez de volumes à distribuer l’an dernier ont pu, grâce à ce dispositif, attribuer à leurs producteurs des sous-réalisations d’autres régions.
Même règle générale pour les 2,48 % octroyés de façon rétroactive du 1 % annuel européen programmé de 2010 à 2015 dans la perspective de la suppression des quotas laitiers. Cette référence supplémentaire liée au quota historique est redistribuée au producteur qui a livré 95 % de sa référence historique sur l’une des deux précédentes campagnes, qui est à jour sur le plan de la mise aux normes, etc.
Sous-réalisation de 6 %
En fonction des départements, des références supplémentaires dites de consolidation ont été attribuées aux producteurs qui étaient en dessous du seuil du PAD, sous réserve d’être en règle avec les 170
unités d’azote (10 500 litres dans le Finistère ; 7 500 litres par actif ou 10/15 000 litres pour 2 actifs en Morbihan, etc.)
Bref, aujourd’hui, la rigidité quasi trentenaire des quotas laitiers gagne indéniablement en souplesse puisque qu’un producteur peut dans les meilleures conditions produire jusqu’à 12-13 % de plus que sa référence de 2009/2010. On n’est pas loin des 15 % de 2008 qui avaient boosté le maillon production dans des conditions de marché semblables. Toutefois, en fin de campagne, la France devrait ne devrait atteindre que 94 % de sa référence, soit 3 points de plus qu’en 2010, année où le pays était en sous-réalisation de 9 %. Bien loin encore des Allemands et des Néerlandais qui, bon an, mal an, frôlent toujours leur référence nationale.
D’aucuns verront certainement dans l’augmentation de la production française en cours les causes d’un prochain écroulement du marché laitier. Reste que les Allemands qui avaient conquis l’hexagone l’an dernier espèrent bien conserver leurs parts de marché. Un milliard de litres de lait allemand supplémentaire passe encore les frontières. Objectif de la filière d’outre-Rhin : s’installer durablement sur le marché français.
Didier Le Du
Légende photo : Les « frais d’approche » imaginés à une certaine époque ne seront pas appliqués pour collecter les allocations provisoires.