
Avec 10 000 ha de SAU, le bio n’est plus marginal sur le département. La Chambre d’agriculture souhaite être présente sur ce créneau qui représente 5 % des exploitations pour 3,5 % de la SAU. « Il y a trois ans, nous avons créé une commission professionnelle agriculture biologique », indique Georges Guézenoc, son président. Et de préciser que « trois salariés de la Chambre sont dédiés au bio ».
Les crises poussent à la conversion
Les professionnels observent que les conversions en bio se multiplient quand les crises affectent les productions. En végétal, comme en animal.
Ainsi, en légumes frais, la conjoncture 2009 a poussé des producteurs à opter pour le bio. Avec plus de 2 000 tonnes de légumes issues de l'agriculture biologique, le Finistère est le 1er département bio français en volume. « Fin 2010, les campagnes plus favorables ont fait que les conversions ont ralenti. Ce qui n’empêche pas des légumiers d’être observateurs », indique G. Guézenoc, soulignant que « jusqu’à présent le marché a absorbé les volumes produits. Mais les choses tendent à se compliquer quand les quantités progressent trop rapidement».
En lait, on recense 54 exploitations spécialisées en bio, sans comptabiliser les conversions de 2010. Les producteurs attirés par la surprime de 50 €/1 000 litres poussent à la roue, alors que certains transformateurs veulent freiner pour coller au plus près du marché. Sachant que le marché intérieur est toujours largement importateur.
« On attend une forte progression avec une prévision de production totale de 320 millions de litres de lait pour 2012 », chiffre Jean-Hervé Caugant, responsable productions animales, qui espère que l’afflux de volumes ne déclenchera pas une crise comme en 2001. « Si la restauration collective respecte ses
engagements de 20 % en bio, ça devrait passer ». Globalement, les opérateurs semblent optimistes, sachant aussi que le mouvement de conversion a de fortes chances de s’atténuer compte tenu de la meilleure conjoncture laitière depuis quelques mois.
Échanges entre producteurs
Reste que si la commission professionnelle agriculture biologique de la Chambre d’agriculture porte un regard attentif sur les marchés, son rôle est essentiellement technique.
« En légumes, nous nous appuyons beaucoup sur les travaux de la station expérimentale de Pleumeur-Gautier (Côtes d’Armor). Que ce soit sur les variétés, le désherbage, la protection des cultures, etc. Par ailleurs, nous privilégions les échanges entre producteurs au travers de rallyes cultures », poursuit G. Guézenoc, en insistant sur le fait que « le bio n’est pas un copier-coller du conventionnel. L’agronomie, les rotations, la fertilité du sol sont des éléments essentiels dans la conduite des cultures ».
Échaudés par la sécheresse 2010, notamment dans le sud du département du Finistère, les producteurs bio de bovins du Finistère ont décidé d’accentuer le travail sur l’autonomie alimentaire du troupeau. « Les achats de stock ont coûté très cher sans pour autant disposer de la qualité produite sur sa propre exploitation », souligne J.H. Caugant. Des groupes technico-économiques sont programmés sur ces sujets : gestion des stocks, optimisation du pâturage, autonomie en protéines…
Didier Le Du
Photo : La commission bio de la Chambre d’agriculture s’est réunie le 24 février à Saint-Ségal.
Les aides
2011 marque le basculement de la CAB (conversion agriculture biologique) vers le premier pilier de la Pac. L’objectif est de sécuriser le financement des engagements en bio dans le cadre des objectifs du Grenelle de l’environnement. Sachant que l’enveloppe prévue pour financer la conversion bio au niveau national sera vraisemblablement insuffisante.
En conséquence, la possibilité d’une réduction linéaire de l’aide à l’hectare est prévue si le solde de l’enveloppe ne permet pas le paiement de toutes les nouvelles demandes déposées. Pour les engagements de 2010, il n’y a pas de modification des montants d’aide aux surfaces.