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Côtes d'Armor (22)
Assemblée générale du Gab d’Armor / Les agro biologistes craignent l’industrialisation de la bio
 

Le développement de l’agriculture biologique répond  à une demande. La consommation finale a progressé de 19 % en deux ans, ceci dans un contexte de crise. Une chance saisie par de plus en plus d’agriculteurs puisque parallèlement le nombre d’exploitations bio a augmenté de 24 % en 2009. Sur les deux dernières années, 90 exploitations costarmoricaines sont passées au bio, soit par conversion, soit au travers d’une installation.


Bio et paysanne


Evidemment cet engouement n’échappe pas à l’attention des distributeurs et transformateurs. « Il leur devient difficile de ne pas disposer d’une gamme bio ». La tentation est grande de vouloir la maîtriser soit en la mettant en place, soit en l’achetant. Et c’est ce qui inquiète les agrobiologistes qui s’interrogent : Que devient le paysan dans ce dispositif ? Est-il envisageable de défendre à la fois des produits conventionnels et bio ? Est-ce très éthique de faire des bénéfices à la fois sur de vente de produits phytos, et sur des produits bio ? Comment se préserver des dérives sur les valeurs du cahier des charges ?
Autant de questions soulevées lors de l’assemblée générale du Gab d’Armor, mardi 22 février à Ploumagoar, en présence de Sylvia Pérez Vitoria (socio-économiste). Pour elle, pas de doute, non seulement les risques de dérives existent, mais sont déjà présents. « On peut industrialiser l’agriculture biologique, si on s’en tient au niveau technique », prévient –elle. D’où son incitation à passer à la notion d’agro-écologie qui intègre la récupération et la transmission des savoir-faire paysans.
Très clairement et tout aussi fermement, elle refuse que la bio soit détachée de l’agriculture paysanne, de la notion de territoire, de la relation directe entre les producteurs et les consommateurs. Elle cite quelques exemples en Espagne, en Suisse Romande, où des agriculteurs, producteurs, éleveurs ont su se rassembler pour préserver cette identité paysanne, cette proximité entre production et consommation. Ils ont développé des systèmes dits de garantie participative, entre producteurs et consommateur et ont fixé les règles de leur charte.


Un débat ravivé


Ce propos sans nuances de Sylvia Pérez Vitoria, laisse aussi quelques agro-biologistes perplexes lorsqu’elle évoque ces groupes qui se fixent eux-mêmes leur charte. Pas forcément du goût de ceux qui depuis des années se sont justement battus pour la charte AB avec des exigences à la française. Ils craignent aujourd’hui que l’harmonisation européenne soit la porte ouverte à toutes les dérives. C’est ce qui a conduit à créer la marque bio-cohérence qui garantit au consommateur des produits avec des critères de production qui vont au-delà du cahier de  charges européen.
De toute évidence dans les années à venir, le débat sera ravivé sur ce thème de la bio. Car le développement de la production ne pourra se faire à terme que s’il existe aussi des outils de transformation adaptés, des circuits de distribution permettant de valoriser au mieux la production et d’atteindre tous les consommateurs, y compris ceux plus éloignés dans les grandes métropoles. Et c’est sans doute à ce niveau que le risque de main mise par des grands groupes de la transformation et de la distribution est patent.

Pierre Dénès



 La Bio- plurielle est déjà en marche

L’avenir de la bio pourrait, voire devrait s’inscrire au pluriel. La difficulté sera de les faire coexister sans se déchirer. La bio « avec une éthique », celle des agriculteurs pour qui l’engagement dans la bio fait partie d’une démarche globale incluant ces notions de territoire, de circuits courts, de relation directe avec les consommateurs..  La bio « plus économique » dans, une démarche sans doute jugée plus mercantile sans pour autant tendre vers de grosses structures pour des producteurs chez qui les pratiques permettent de se conformer au cahier des charges. Ils y trouvent ainsi le moyen d’une meilleure valorisation de leur production. Enfin la bio « business » qui existe et pourrait se développer dans certaines productions, animales, végétales ou légumières. Une bio beaucoup plus industrialisée, voire totalement maîtrisée par des opérateurs plus en aval des filières. C’est surtout ce que voudraient éviter les tenants d’une « agriculture biologique et paysanne ».




Légende photo : Signe des temps, une forte participation - et notamment des jeunes - lors de l’assemblée du Gab d’Armor.

 



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Date de l'article : semaine du N° du 4 au 10 Mars 2011
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