
Frédéric et Céline Guével, producteurs de lait à Pommerit-le-Vicomte ont contractualisé pour 55 ha sur un total de 68 ha de l’exploitation et 6 km de talus. L’engagement pour la plus grande partie se situe sur le BV du Trieux (aval) concerne des mesures de réduction d’herbicides et d’entretien du bocage, une moindre partie se situe sur le Leff pour des mesures de réduction de la fertilisation. Leur motivation : « Nos pratiques se rapprochaient déjà des engagements demandés. Nous étions déjà très bas pour l’utilisation des herbicides ». D’ailleurs dès la première année, le niveau moyen de l’IFT (indice fréquence de traitements) sur le global des surfaces engagées correspondaient aux exigences de 5e année.
Reconnaissance des pratiques
L’éleveur reconnaît que cette situation est aussi liée à la part importante d’herbe dans l’assolement, 33 à 34 ha, soit 50 % de la surface. Par ailleurs la contrainte la plus importante liée à l’utilisation d’herbicides sur céréales à tendance à diminuer compte tenu de l’augmentation de la surface fourragère (herbe + maïs). Il estime que la gestion du désherbage du maïs est plus facile à appréhender. « Je fais beaucoup de non-labour avec du faux semis, je sème assez tard, dans des sols en général bien réchauffés. Le maïs démarre plus vite et la concurrence des adventices est moins élevée ». Il travaille aussi en réduction de doses (0,3 L de Milagro et 0,3 L de Mikado) en un ou 2 passages, et se montre assez exigeant sur le moment propice pour traiter. « Traiter aux bonnes heures pour la température et l’hygrométrie ». Son IFT moyen sur les terres engagées est de 0,64.
De fait, il ne considère donc pas les engagements comme contraignants, au regard de l’accompagnement technique et financier (5 200 euros d’aides pour les cultures et 800 euros pour le bocage). L’aide est aussi perçue à la fois comme la compensation et une reconnaissance des pratiques. Sa seule critique va sur l’obligation qui est faite d’une rotation de 2 cultures sur les 5 ans. « Cela va nous obliger à défaire des prairies que l’on aura pu prolonger d’un ou deux ans».
Garder une marge de manœuvre
Dans une configuration différente, Daniel Boulbin, également producteur de lait à Pommerit-le-Vicomte, a contractualisé 70 de ses 73 ha. Situé sur le BV du Trieux il s’est engagé pour la réduction d’herbicides et l’entretien du bocage. « Compte tenu de mon parcellaire, seulement 11 ha directement accessible au pâturage, j’évolue dans un système plus intensif : 32-33 ha de céréales, 14 ha d’herbe, le reste en maïs ». Sur maïs, j’ai repris le labour. Au semis je réduis l’écartement entre les rangs à 50 cm, avec un écartement plus important entre les graines, et j’interviens tôt sur des mauvaises herbes jeunes. « Un premier passage à 0,2 L de Milagro et 0,2 L de Calisto et un deuxième passage en fonction de la flore présente ». Il s’est aussi équipé d’un déchaumeur à dents et pratique du semis du couvert en lignes après céréales pour bien couvrir le sol. Rapidement il a réussi à faire baisser son IFT. « Au bout d’un an, je suis au niveau de la 3e ou 4e année ».
Les agriculteurs affichent la même satisfaction de s’être engagés, même si, comme leurs autres collègues signataires des MAE, ils apprécient peu les retards de paiement des aides. Par contre, ils se veulent réalistes. « Les contraintes existent, il faut le savoir. Et surtout faire un bon diagnostic au départ, surtout pour ceux qui s’engagent dans une MAE réduction de la fertilisation. Il faut y aller en sachant où l’on va, faire ses calculs et se projeter dans l’avenir ». C’est ce qui a conduit Frédéric et Céline Guével à ne pas engager l’ensemble des surfaces de l’exploita-tion. « Nous voulions garder une marge de manœuvre », conclut Frédéric. Les partenaires, Smega, Chambre d’agriculture, accompagnent les projets pour faire les bons choix en fonction des objectifs.
Pierre Dénès
100 exploitations pour plus de 3000 ha
Une centaine d’engagement sur les 1500 exploitations que comporte le territoire du SMEGA (Syndicat mixte environnemental du Goëlo-Argoat) ont été concrétisées sur 2009-2010. Sur les trois bassins versants concernés (IC , Leff et Trieux) 3070 ha de grandes cultures ont ainsi été contractualisées, 200 km de haies et 162 ha de MAE « Gestion extensive des prairies humides ». Il faudrait y ajouter dans le cadre des MAE nationales, les engagements SFEI, conversion ou maintien de l’agriculture biologique. 2011 constituera la dernière année de possibilité d’engagement pour les BV du Leff et du Trieux. Pour l’Ic et ses côtiers dans le cadre du projet territoriales algues vertes, de nouvelles MAE devraient être proposées.
Légende photo : Céline Quélo, animatrice du Smega, Jean-Pierre Giuntini, vice-président du Smega, Frédéric Guével, Daniel Boulbin, et Benoît Le Roux , animateur agricole de la Chambre d’Agriculture sur le bassin versant.