
Préalable : « La CFDT n’est pas opposée au projet chinois sur Carhaix. Mais nous ne nous laissons pas leurrer par des effets d’annonce ». Claudine Guillou, salariée d’Entremont Alliance et syndicaliste très attachée au bassin de vie du Poher où un emploi sur deux est lié à l’agroalimentaire, aligne les chiffres : « Le projet chinois, c’est 100 emplois nous dit-on. Mais avec les probables transferts de production, c’est 140 emplois que l’on risque de perdre au total sur les 240 que compte actuellement Entremont Alliance. Sachant que dans notre groupe 104 salariés sont déjà concernés par un PLD (plan de longue durée). Et d’ailleurs, alors que le PLD se termine le 31 mars, ces derniers ne savent toujours pas ce qu’ils vont devenir ».
Transfert de production
Plus largement, la CFDT plonge au cœur des grosses vagues de fond qui agitent le fleuve blanc breton. Jusqu’à s’interroger si le projet du groupe agroalimentaire chinois Synutra n’est pas une aubaine pour sortir le groupe Sodiaal d’une « impasse » économique et financière. «La reprise d’Entremont Alliance par Sodiaal a été exclusivement un projet politique. L’arrivée des Chinois leur enlève peut-être une épine du pied ».
Les syndicalistes qui se disent en « déficit d’informations » font remarquer que le fonctionnement de deux tours de séchage, d’une capacité annoncée de 60 000 tonnes de poudre de lait infantile, nécessitera de puiser dans le minerai breton. « Cela représente quelque 600 millions de litres de lait, soit l’équivalent de la production de 2 000 exploitations bretonnes moyennes », calcule Georges Le Normant, syndicaliste. Et de craindre que les outils vieillissants en place (Carhaix, Guingamp) ne fassent les frais de cet investissement. « Déjà que l’on dit qu’il y aurait trop de fromageries au regard de la production régionale ».
6 000 emplois dans la filière
« On touche là à la structure même de la filière laitière du Grand-Ouest », analyse Joël Février, délégué CFDT. « Nous invitons les agriculteurs à s’interroger quant au prix qu’ils seront payés. Seront-ils payés au prix mondial ? A priori, les nouveaux outils ne seront pas portés par des capitaux locaux : en conséquence, la valeur ajoutée liée à la transformation et à la commercialisation échappera à la région, au pays ».
Dans ce contexte d’incertitude, la CFDT craint pour l’avenir de l’emploi des 6 000 salariés que comptabilise la filière laitière bretonne (collecte, transformation, découpe). Et Joël Scolan, secrétaire de l’Upra Bretagne CFDT, d’en appeler à « une synergie coopératives/privé pour aborder le grand virage laitier annoncé pour 2015 avec la suppression des quotas ».
Didier Le Du
Légende photo : La CFDT s’inquiète des conséquences de la restructuration de la filière laitière sur l’emploi.