Aujourd’hui, le lait en Algérie, c’est avant tout de l’importation. De l’importation de lait de consommation (1 milliard d’euros), de génisses amouillantes et vaches en lait, mais aussi de maïs, blé, soja pour nourrir le cheptel. « Pourtant, le pays dispose d’un réel potentiel agronomique », comme l’a observé Marc Gillaux, directeur de Bretagne International.
« Nous avons souvent une idée fausse de l’Algérie. En parcourant le pays d’est en ouest, on se rend compte que sur 1 000 km, il y a une bande côtière nord de 80 à 200 km de large très favorable à l’agriculture et à l’élevage. Je reviens d’Algérie : actuellement cette zone est bien verte ; la sécheresse touche ce secteur agricole en juin, juillet et août. La végétation repart en septembre ». Sans compter que d’importantes installations d’irrigation équipent ce territoire. « Le problème étant que 40 % de la SAU irriguée n’est pas utilisée ».
Des groupements d’appui aux éleveurs
Aujourd’hui, le pouvoir algérien, dans un souci de souveraineté alimentaire compréhensible, veut redonner un élan à son agriculture. Des liens tissés entre le ministère de l’Agriculture et Bretagne International depuis 2005 ont abouti à la signature d’un projet de filière amont en production laitière. Une phase pilote doit démarrer prochainement sur 3 willayas (équivalent de 3 départements) et toucher un millier d’éleveurs. Avant d’être élargi aux 22 willayas qui ont une vocation laitière et bovine en Algérie. Si tout se passe bien…
Le corps de ce projet de coopération ressemble assez fidèlement au développement et à la vulgarisation agricoles qui, en 40 ans, ont porté l’agriculture bretonne aux premiers rangs de l’agriculture européenne. « Dans chaque willaya, sera créé un Gapel, groupement d’appui aux éleveurs laitiers », détaille Marc Gillaux. Des groupements qui s’appuieront sur les compétences techniques des Chambres d’agriculture de Bretagne, de l’Institut de l’élevage, de la Draf, mais aussi des entreprises privées bretonnes (génétique, alimentation, conservation du lait à la ferme…). Objectif : former les éleveurs et les techniciens locaux aux méthodes modernes d’élevage. Avec derrière, des perspectives commerciales qui pourraient intéresser une centaine d’entreprises françaises.
Doubler la production par vache
Projet de longue haleine, cet appui technico-économique vise le doublement de la production par vache. « Actuellement, la performance de la vache algérienne est très faible : 2 500 kg de lait par an ; l’ambition est de la porter à 5 000 kg ». Parallèlement, le souhait du ministère est de parvenir à des troupeaux de 50 vaches alors que la moyenne est aujourd’hui de 10 vaches. « Le programme repose sur trois piliers : l’alimentation du troupeau ; la conduite et son suivi ; l’hygiène des animaux et la qualité du lait ».
Selon les projections, la mise en place de ces techniques d’élevage doit permettre de doubler la production laitière sur les 3 willayas concernées par la phase pilote. L’attribution de concessions de 40 ans pour pratiquer l’agriculture participe à inscrire le projet dans le long terme.
Didier Le Du
420 à 450 euros/1 000 litres
« Actuellement, le producteur algérien est payé 420 à 450 e/1 000 litres dont 120 e/1 000 litres d’aide de l’Etat », indique M. Gillaux. Ce prix du lait incitatif à la production est à mettre en parallèle avec le prix de la poudre de lait achetée par le pays et qui, une fois « mouillée » sert à fournir à la population un lait à un prix socialement acceptable (25 ct d’e/litre). « Les Algériens payent actuellement 3 000 e la tonne de poudre de lait ; ils ont pris des positions à 3 800 e la tonne pour l’été prochain ».
Ces prix élevés appuient l’intérêt de développer la production locale. « Les conséquences pour la France seront minimes dans la mesure où le pays a perdu ses positions sur ce marché au profit de la Nouvelle-Zélande… et de la Pologne ! », explique Marc Gillaux, en précisant que le pays est bien pourvu en industriels laitiers dont plusieurs Français (Danone, Lactalis, Bongrain, Bel). « C’est une chance pour nous qui voulons participer au développement de l’amont ».
Les yeux tournés vers Bretagne International
Financé conjointement par la Région (3,4 millions) et les contributions des entreprises (2 millions d’euros), Bretagne International (ex-Mirceb) poursuit un seul objectif : « L’internationalisation des entreprises bretonnes ». La structure, relativement légère (25 personnes) est épaulée par 80 relais dans 65 pays.
Avec l’Algérie, la structure bretonne inaugure une « nouvelle forme d’action : l’offre filière », indique le directeur, en faisant remarquer que, « dans les pays émergents, il y a une demande de soutiens technologique et technique pour développer des filières, entre autres agroalimentaires »